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Sérénade Chafik

Mois

janvier 2016

Les réfugiés sont-ils des anges ou des démons?

En ces temps troubles ponctués par les attaques terroristes, les réactions émotionnelles prennent le pas sur la réflexion au risque de voir en tout musulman un ennemi de la démocratie, un terroriste, un violeur en puissance.

Plus que jamais notre réflexion se doit d’être affinée, afin de ne pas se retrouver prise en étau entre une généralisation qui donnerait raison aux xénophobes ou des compromissions qui feraient des islamistes des alliés de nos luttes pour la liberté, pour l’égalité femmes/hommes et la justice sociale.

La paresse intellectuelle assimile tout ressortissant du Maghreb ou du Machrek à non seulement un musulman mais aussi un islamiste, un ennemi de l’Occident. Or, juger des citoyens en fonction de leurs origines ou de leur religion réelle ou supposée ne peut pas servir la défense ou la promotion de la laïcité. Il s’agit simplement de xénophobie, le terme laïcité n’étant qu’un alibi.

Cette pensée simpliste et binaire ne peut servir que les deux extrêmes: la xénophobie qui se sert d’une définition erronée de la laïcité pour mener une guerre contre une partie de la population et l’islamisme qui prône le choc des civilisations.

Les xénophobes tentent de faire croire que tout musulman est un islamiste, un terroriste voire un violeur. Ils veulent nous faire croire que les violences et le terrorisme sont intrinsèques à un groupe ethnique. Cette pensée n’est que le recto du verso du relativisme culturel.

On oublie en ces temps d’embrouille intellectuelle que la population du Maghreb au Machrek est aussi la cible du terrorisme de Daech. Les islamistes quant à eux profitent des discours incitant à la haine pour crier à « l’islamophobie » imposant ainsi ce terme fallacieux au débat. Ils vont jusqu’à se considérer comme victimes, on oublierait presque que c’est l’islamisme qui véhicule les messages de haine.

Il faut aussi questionner la tendance qu’ont les politiques et les médias à aller chercher des réponses chez les représentants du culte. Par ce comportement, ils donnent aux religieux un rôle politique. Comme si c’était à la mosquée de gérer les crises de la société, comme si le politique ne pouvait décider sans consulter la religion, comme si la société n’était composée que de croyants. Par ce comportement le citoyen ayant certaine « origine » serait uniquement un croyant, il n’aurait pas le droit d’être athée, agnostique, bouddhiste…, son représentant légal étant le représentant du culte.

Une fois de plus, le politique délègue sa responsabilité et enferme les populations dans le repli communautaire et religieux, en les laissant trouver les solutions en interne. Il est vrai que la société a tendance, quand elle ne nie pas tout simplement les violences, à les considérer comme une affaire de « famille ».

Parallèlement, on ne peut accepter le silence qui a pesé sur les violences sexuelles dont ont été victimes des femmes non seulement à Cologne en Allemagne mais aussi en Autriche, Suisse et Finlande. Tout comme a pesé et pèse encore le silence sur les violences sexuelles commises dans les camps à l’encontre des femmes réfugiées.

Certaines associations antiracistes et certaines associations féministes, se sentant mal à l’aise, ont ou bien minimisé ces faits ou se sont réfugiées dans le mutisme par peur de faire le jeu de l’extrême droite.
Mais, auraient-elles aussi intériorisé leur complexe de « postcoloniales » ainsi que la « supériorité » de la lutte contre le libéralisme et le capital?

Le silence des pouvoirs publics (qui ne livrent jusqu’à aujourd’hui les informations qu’au compte-gouttes) est également insupportable. Le manque de communication de la part des autorités et des associations a créé un vide, il a abouti à ouvrir une brèche pour les affirmations xénophobes de l’extrême droite.

Beaucoup d’associations antiracistes et féministes défendent le droit de protection pour les réfugiés qui fuient les guerres et les violences de Daech.

Ces réfugiés sont pour la plus grande majorité des victimes, c’est pour cette raison qu’il y a ce refus de voir en certaines victimes des agresseurs, refus de voir que certains réfugiés et ou migrants puissent être des hommes violents, comme si le statut de réfugiés les immunisait.

Ne pas communiquer sur ces violences, c’est oublier que le viol est utilisé comme arme de guerre.

A ce jour, nous ne savons pas si les agressions sexuelles et les viols commis ont été coordonnés ou non. Au regard du manque d’informations, nous ne savons pas s’il s’agit de terrorisme sexuel.

Cette hypothèse me rappelle les viols commis par les milices pro-frères musulmans à l’encontre des manifestantes Place Tahrir en 2012.

Il s’agissait alors d’actes prémédités. On voulait effrayer les femmes et humilier les hommes.

Ces milices avaient exploité le concept de l’honneur à « l’oriental »: l’honneur d’une famille, d’une tribu, d’une nation se logeant entre les cuisses des femmes.

La recrudescence des violences sexuelles perpétrées par les islamistes armés, qu’ils appartiennent à Daech, à des milices organisées, ou à une foule en furie contre les femmes, est le résultat des prêches et fatwas qui incitent à la haine envers les non musulmanes. Certains prédicateurs fondamentalistes incitent non seulement à prendre les armes contre l’Occident mais légitiment le djihad sexuel et les violences sexuelles. Dans ces prêches, les femmes non musulmanes sont considérées comme des mécréantes, des impies, des butins de guerre, réduites à l’état d’esclaves sexuelles.

 

Publié le 22 janvier 2016

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Le piège tendu par les islamistes aux associations féministes

Un certain nombre d’associations féministes ont signé la pétition « Nous ne céderons pas » contre l’état d’urgence et la déchéance de nationalité.

Si je peux comprendre que l’on se mobilise contre ces mesures, apposer sa signature au côté des associations islamistes comme le CCIF, Mamans toutes égales (MTE), et d’autres encore, me laisse perplexe et soulève deux questions essentielles, celles des alliances tactiques et celle de la banalisation des islamistes comme partenaires politiques.

Depuis quelques années, j’assiste au retour du courant relativiste culturel qui séduit et qui gagne peu à peu du terrain dans les rangs de certaines associations féministes, des associations qui avaient marqué l’histoire des droits des femmes. Ces associations affirment encore que « Mon corps m’appartient » et militent pour nos droits, nos choix, notre liberté.

Or, on ne peut défendre nos droits et nos choix et signer une pétition avec ceux qui véhiculent des idées non seulement sexistes mais aussi homophobes. Des islamistes qui nous séparent en blancs et en indigènes. Des islamistes qui adoptent une posture victimaire portant un regard figé sur notre histoire et qui nous noient dans le fatalisme du déterminisme en prétendant que nous ne sommes pas des sujets acteurs mais toujours victimes du colonialisme, même trois générations après la décolonisation.

En réalité, il s’agit de la substitution de l’identité de l’individu citoyen par le sujet islamisé qui serait affranchi de l’aliénation à l’Occident. Cette théorie est opposée à l’universalisme des droits fondamentaux, à la citoyenneté, à la sécularisation ou le modernisme.

Les islamistes ne sont pas non plus les alliés de la démocratie, Ils se revendiquent de la notion de la Oumma Islamiyya (Nation Islamique). Cette nation engloberait la terre entière avec l’établissement d’un pouvoir basé sur le fondamentalisme et appliquerait la Charia. Cet attachement viscéral à cette notion ne fait que traduire la vision totalitaire et dangereuse de l’idéologie des islamistes.

Si la motivation de ces associations féministes comme je le présume, est celle de défendre la démocratie et de s’opposer à des décisions politiques qu’elles considèrent comme une dérive sécuritaire, la signature des islamistes est fondée sur d’autres raisons.

Les islamistes sont surtout inquiets pour leurs imams qui vocifèrent des prêches incitants à la haine et aux violences conjugales, des imams qui apprennent aux enfants à honnir la musique, la culture, et qui insultent dans des vidéos largement diffusées sur Internet, les « mangeurs de porc », entendons-nous bien, il s’agit des chrétiens. Ils ont peur de la fermeture des lieux de radicalisation, ces tribunes qui diffusent leur idéologie de violence, de haine et de djihad.

Pour eux, l’Europe doit céder non seulement à leurs revendications communautaires avec l’abrogation de la loi d’interdiction du voile à l’école et dans les services publics, mais elle doit aussi céder à leur volonté d’instaurer des tribunaux réservés uniquement aux musulmans et musulmanes. Des tribunaux communautaristes qui traiteraient du code civil. Pour eux il est important d’officialiser les tribunaux islamiques officieux, dans des mosquées ou des centres d’enseignement de l’islam comme ceux qui existent en Angleterre ou au Canada par exemple.

Instaurer des tribunaux musulmans signifieraient que le mariage et sa dissolution, l’héritage, l’autorité parentale, la garde des enfants, pour une catégorie de françaises et français, seraient sous l’autorité religieuse avec la Charia discriminatoire pour les femmes qui serait la source des motivations des juges de ces tribunaux spécifiques.

Il existe plusieurs risques majeurs si les autorités cédaient à ces revendications.
Premièrement, l’organisation familiale avec sa distribution des rôles sexués sera maintenue.
Deuxièmement le principe d’inégalité entre les hommes et les femmes sera renforcé par des jugements qui ôteraient des droits aux femmes.
Troisièmement, arguant le caractère sacré des jugements, toute opposition serait considérée à l’intérieur de certaines communautés comme une désobéissance au message de dieu, une apostasie.
Quatrièmement l’égalité des droits sera bafouée, avec l’émergence d’une sous catégorie de françaises pour qui naître au féminin serait un malheur.

Loin de moi de vouloir incriminer les textes religieux dits « divins », ce que je condamne, c’est ce piège tendu aux femmes qui consisterait à leur présenter des lois comme étant sacrées donc non négociables.

Ces associations exigent, et elles ont raison, que l’éducation à la sexualité et la prévention des violences sexistes soient enseignées tout au long du cursus scolaire. Or, pour l’islam politique le mot « femme » est une désignation assimilée à la honte qu’il convient de cacher derrière un voile, une prison corporelle quand les femmes sortent de leur prison spatiale qu’est la maison. Le voile n’est pas émancipateur, il induit dans l’éducation que les femmes ne sont qu’objets sexuels, des tentatrices qui provoqueraient les pulsions les plus bestiales chez les hommes, leur corps symboliserait le péché, c’est l’apprentissage de la haine du Moi.

Le voile ainsi que les revendications de non mixité dans les salles de sport, piscines municipales… sont aussi des insultes à l’encontre des hommes. Ils seraient dans l’incapacité de regarder les femmes autrement qu’en tant qu’objets sexuels, leurs pulsions sexuelles seraient incontrôlables! Réduits à l’état de bêtes en rut, ils sont déshumanisés.

Parce que ce n’est pas anecdotique mais un repositionnement dangereux qui aura pour conséquence la banalisation des alliances contre nature avec les islamistes, je romps le serment que je m’étais faite de ne jamais critiquer les associations féministes avec lesquelles j’avais milité.

La laïcité, un droit fondamental, une valeur universelle d’émancipation, une garantie pour notre liberté

L’islamisme veut semer la terreur pour faire reculer la libre pensée et imposer ses lois totalitaires.

Dans 20 pays, en 18 mois une des organisations islamistes la plus meurtrière l’EI a causé plus de 1 600 morts.

Depuis juin 2014, date de proclamation du « califat », l’EI et ses diverses « filiales » à travers le monde, ont commis 83 attentats et exécutions d’otages.

En attaquant Charlie le 7 janvier 2015,  et les lieux de culture, de loisirs et de vie à Paris le 13 novembre, en détruisant le patrimoine mondial, notre mémoire collective et les fondements historiques de nos civilisations, l’islamisme a démontré qu’il compte sur la terreur pour s’imposer en maître religieux qui voudrait se répandre en un empire mondialisé.

Les prédicateurs de haine misent sur ces sentiments pour former les bataillons grâce auxquels ils imposeront leur idéologie mortifère pour accomplir leur crime contre l’humanité.

Nous défendons la laïcité en tant que préalable à l’égalité de toutes les citoyennes et citoyens quelles que soient leur sexe, leur identité sexuelle, leurs croyances, leurs convictions ou leurs origines.

Parce que la Laïcité repose sur la séparation des pouvoirs politiques et religieux, nous déclarons que le principe de laïcité ne peut être ni négociable ni aménageable.

Nous affirmons que la laïcité est le socle de toute démocratie.

Nous disons aux associations, médias, formations politiques et gouvernements que plus que jamais se taire ou tergiverser, c’est accepter l’inacceptable, devenir complice de l’infâme.

Nous refusons le « relativisme culturel » consistant à accepter que les hommes et les femmes de culture musulmane soient privés du droit à l’égalité, à la liberté et à la laïcité au nom du respect des cultures et des traditions.

Nous refusons de renoncer à l’esprit critique par peur d’encourager l’ « islamophobie », concept malheureux qui confond critique de l’islam en tant que religion et stigmatisation des croyants.

Nous soutenons toutes celles et tous ceux qui luttent pour la promotion de la laïcité, la liberté de conscience, et qui luttent contre l’obscurantisme au péril de leur vie et de leur liberté.

 

 

Femmes et Islam : A qui appartient le corps des femmes ?

Sporenda : Vous êtes née en Egypte et je suppose que vous y êtes revenue depuis l’arrivée au pouvoir du général Sissi. Comment la situation a-t-elle évolué en ce qui concerne les Droits des femmes ? Le fait que les islamistes ne soient plus au pouvoir a-t’il desserré un peu le carcan ?

Sérénade Chafik : Je suis partie d’Egypte en 1992 ; pour moi ce n’était plus possible de vivre en Egypte, d’abord parce que j’y ai perdu ma santé : je pesais 39 kilos. Je ne supportais plus, j’étais trop atypique, trop montrée du doigt socialement. Deusio, il y avait les actions des terroristes islamistes qui posaient des bombes un peu partout. Une autre chose qui m’a vraiment décidée au retour, après avoir vécu 7 ans au Caire, c’est le comportement de mon fils : après avoir été dans une école bilingue franco-égyptienne où la maîtresse était voilée, il commençait déjà, à 5 ans, à me donner des ordres, à me dire de me couvrir les bras etc. Je me suis dit : ce n’est plus possible d’élever un enfant dans ces normes-là. Par contre, je suis retournée en Egypte pour participer à la Révolution, place Tahrir, où on a fait un sit in, une occupation de la place. Le 8 mars, on était place Tahrir, et c’est-là que j’ai compris que cette Révolution se serait pas aboutie. D’abord parce qu’il n’y avait aucune revendication jusqu’alors pour les droits des femmes, alors qu’on a un des Codes de la famille les plus rétrograde dans le monde–c’est l’ancêtre du Code de la famille algérien. Et on avait décidé, nous les femmes, de célébrer le 8 mars et de revendiquer des choses assez basiques—on n’allait même pas jusqu’au bout—et les camarades révolutionnaires nous ont abandonnées ce jour-là, on s’est retrouvés face à des bataillons de salafistes qui nous ont encerclées, qui nous ont menacées—on a du faire un cercle et placer les plus jeunes au milieu pour les protéger : c’était le début de l’utilisation du harcèlement sexuel comme arme contre les manifestantes. Et là je me suis dit : une révolution qui ne prend pas en considération la dimension des droits des femmes et ne reconnait pas les revendications féministes, ça ne peut pas marcher. Une démocratie sans les droits des femmes, ce n’est pas une démocratie aboutie. Et donc très vite les Frères musulmans nous ont abandonnées. Il faut dire qu’à l’appel initial du 18 janvier, ils avaient fait un communiqué de presse contre la révolution. Ils l’ont rejointe parce qu’ils ont trouvé des millions de gens dans la rue, par opportunisme. Et très vite, début mars, ils ont quitté la place et ont fait un pacte avec le Conseil suprême des forces armées, ils se sont alliées avec eux, ils ont applaudi les violences que les Forces armées ont exercées sur les manifestants, et on ne les a plus revus du tout sur la scène des manifestations , au contraire, ils ont utilisé des slogans islamistes contre nous : par exemple, au sujet du premier projet de réforme de la Constitution, qui était extrêmement rétrograde, ils ont dit : « celui qui vote non, c’est un apostat , un mécréant ». Et très vite, ils ont utilisé la religion contre la Révolution. Il y a deux courants islamistes en Egypte, le courant des Frères musulmans et le courant salafiste. Au gré de l’histoire de l’Egypte, ils s’allient ou se font la guerre, selon les alliances qu’ils font avec le gouvernement. A l’heure actuelle, Sissi promeut les salafistes pour taper sur les Frères musulmans—mais pas que, aussi sur les athées et le courant laïc qui existe en Egypte. Non seulement il existe en Egypte mais il est en train de pointer l’échec de l’islam politique.

S : Et les femmes là-dedans, qu’est-ce qu’elles deviennent ?

SC : Pour les femmes, on est rentrées dans une longue phase de silence où toute la lutte des femmes se résume à une seule question : le harcèlement dans la rue. J’ai mon idée sur la raison pour laquelle on se concentre sur cette violence-là et pas sur d’autres violences : parce que le harcèlement de rue, comme le disait Ni putes ni soumises au début, permet de dénoncer une minorité agissante. Ce qui n’est pas vrai : le harcèlement de rue est la conséquence de l’existence du système patriarcal qui fait que les femmes et leur corps appartiennent au groupe. Et là-dessus, tout le monde adhère, y compris des camarades hommes, parce que ça ne remet pas le système en question, ça ne parle pas de la liberté de disposer de son corps. Le corps des femmes appartient à qui ? Il y a encore un silence sur la question de l’excision dans un pays ou 94% des femmes sont excisées.

S : Sur cet accent qui est mis sur le harcèlement de rue : est-ce que ce n’est pas parce que c’est très visible, alors que les violences domestiques sont cachées ? Est-ce qu’ils ne mettent pas en avant le harcèlement de rue, les violences publiques, pour détourner l’attention des violences domestiques, des violences privées—qui doivent rester cachées ?

SC : Voilà, on dénonce l’étranger qui est dans la rue alors que 80% des violences ont lieu dans la cellule familiale ou par des proches …

S : Oui, c’est toujours les Autres, c’est jamais eux…

SC : La question des violences sur les femmes a beaucoup à voir avec l’Etat dictatorial—parce qu’il a confisqué le pouvoir aux hommes dans un pays très machiste, très viriliste. Et pour leur laisser une soupape de défoulement, il leur laisse exercer des abus de pouvoir au sein de la famille et il ne légifère absolument pas pour protéger les femmes. Et ça augmente la tolérance envers les violences et ça maquille tout : les violences de l’Etat deviennent secondaires par rapport à des individus qui vivent quotidiennement des violences systémiques.

S : Dans votre livre « Répudiation : femme et mère en Egypte », vous décrivez les multiples discriminations et violences dont sont victimes les Egyptiennes. L’une d’elles est l’excision, qui dans le Sud s’accompagne aussi de l’ablation des petites et grandes lèvres et de l’infibulation—source de souffrances atroces, d’infections et de décès. Une loi sur l’excision a été passée en 1997, mais a-t’elle vraiment réduit cette pratique sans laquelle les filles sont considérées comme « nagsas » (impures) et ne peuvent être mariées ?

SC : Il y a encore 94% de femmes excisées, et c’est le chiffre le plus optimiste. C’est le chiffre des ONG qui ont travaillé de près sur la question, mais on n’a pas de recensement, sauf celui officiel qui est de 97%, d’après le Ministère de la Santé. On a une loi qui n’est pas appliquée parce que l’excision se pratique partout : elle se pratique dans les cliniques privées, ou à la maison, selon le niveau social. Dans ma classe sociale, la bourgeoisie moyenne, on va exciser dans un centre hospitalier, pas un centre hospitalier d’Etat, parce que c‘est un des rares endroits où la loi est appliquée. Et encore, pas tous, parce que tout est possible, moyennant un pourboire. En fait, en 1997, quand la loi a été passée, ce sont les médecins qui ont saisi la justice contre l’Etat en disant : « l’Etat s’est agenouillé face à la pression occidentale, il veut enlever aux Egyptiens une coutume, un droit… »

S : Ils ont vraiment parlé de droit ? De droit d’exciser les femmes ?

SC : Oui et ça a été repris quand Morsi est arrivé au pouvoir : le droit à l’excision. Et c’est là qu’on voit toute la manipulation : on va utiliser le « choc des civilisations » : il y a l’Occident et nous. L’Occident veut nous dicter des lois universelles, sauf que nous, nous avons nos traditions. Et puis l’utilisation du mot « droit » : les gens disent : c’est quand même mon droit, dans ma famille, de faire ce que je veux—d’autant que l’enfant n’a pas de statut à part en Egypte, il est propriété de la famille. La loi ne reconnait pas le viol conjugal, donne raison systématiquement aux hommes qui battent leur femme, etc. Donc on a là des médecins, qui en principe sont des agents de prévention, qui en fait font la promotion de l’excision voire même attaquent l’Etat qui essaie de mettre en place une loi prohibant l’excision—c’est le comble ! Sur qui se baser alors pour faire de la prévention : en général, on a recours à des professionnels de santé qui vont dire : l’excision est dangereuse. Si le corps médical lui-même la pratique et la défend, c’est très difficile. Ils la pratiquent parce que la santé en Egypte fonctionne sous le régime de l’ultra-libéralisme. Les cliniques privées, quand elles sont de très bonne qualité, ne dépendent ni du Ministère de la santé, ni de celui de l’hôtellerie et du tourisme.

S : Donc pratiquer l’excision, c’est rémunérateur pour les médecins ?

SC : Oui, ils n’ont pas intérêt à ce que cette pratique disparaisse car pour eux, ce serait une source de revenus qui disparaitrait.

S : Vous parlez dans votre livre d’une autre discrimination que vous avez subie de plein fouet, la répudiation telle que codifiée par la loi coranique : facile pour les hommes de répudier leur épouse, mais divorce presque impossible pour les femmes, et leurs enfants leur sont enlevés pour être confiés au mari en cas de répudiation ou de remariage. C’est ce qui est arrivé à votre fille, et c’est ce qui vous a amenée à l’« enlever » parce que son père à qui elle était confiée voulait la faire exciser. Mais alors que vous viviez en France et étiez remariée avec un Français, la justice française a décidé d’appliquer la loi coranique à Nantes et vous a poursuivie pendant des années pour vous obliger à rendre votre fille à son père. On voit de plus en plus des pays occidentaux tolérer –comme en Angleterre où les « sharia courts » se multiplient—que des tribunaux privés prennent des décisions concernant des femmes musulmanes au nom de la sharia—leur refusant ainsi les droits dont bénéficient les femmes dans une démocratie. Qu’en pensez-vous ?

SC : C’est la raison pour laquelle j’ai reçu beaucoup de soutien avec mon Comité de soutien : la juge a rédigé ses attendus en se basant sur une loi égyptienne qui dit que si une femme se remarie, si elle refuse d’être nonne, elle perd automatiquement la garde de l’enfant, elle perd son statut de mère. Oui, la loi égyptienne a changé—et c’est ça que je reproche à la majorité des féministes égyptiennes: quand j’essaie de parler avec elles, elles me disent : « oui mais maintenant on peut se séparer ». On a introduit en 2002 des modifications dans le Code de la famille : une femme peut demander la séparation mais à condition de renoncer à tous ses droits. C’est seulement si je suis riche et j’ai des revenus que je peux le faire et en plus, je dois donner un dédommagement à mon mari et il doit accepter la somme que je lui propose. Dans ce cas-là, j’achète ma liberté avec de l’argent et l’homme peut toujours demander plus. Il n’y a que les femmes ayant des biens qui peuvent faire ça—et en plus, dès le début de leur mariage, les femmes quittent leur travail à la demande de leur mari, donc elles n’ont pas de revenus. Comment payer la séparation quand on n’a pas de revenus ?

S : Ce qui m’avait frappée dans ce que vous racontez dans votre livre, c’est qu’il y a un juge au tribunal de Nantes qui a appliqué dans son tribunal une loi égyptienne. C’est typique de ce qui est en train de se généraliser en Europe : il y a maintenant des gens qui considèrent comme normal qu’on applique dans leur pays des législations de pays étrangers. Qu’est-ce que vous pensez de cette pratique ?

SC : On sacrifie les droits des femmes, des droits universels, pour plaire à des communautés par clientélisme—ou même par j’menfoutisme. C’est du pur relativisme culturel, et de la xénophobie.

S : Ca consiste à dire qu’il y a certains droits censés être universels qui seraient en fait réservés aux femmes occidentales ?

SC : Oui, vous et moi on n’aurait pas les mêmes besoins en tant qu’êtres humains. Moi ma condition en tant que femme d’origine musulmane, c’est d’être esclave de mon mari toute ma vie et même après le divorce, mais vous, vous avez accès à des droits et vous pouvez en discuter. Mais moi je n’ai pas accès à ces droits, et je ne peux même pas en discuter car ces lois sont dites d’origine divine—parce que ce sont des lois islamiques. C’est-à-dire que l’on introduit de la dictature dans la démocratie—et qu’il n’y a pas de négociation possible…

S : La loi divine l’emporte toujours sur la loi républicaine ?

SC : La loi divine n’est pas dIscutable. Qui suis-je moi, pauvre mortelle, pour discuter avec Dieu ? C’est là le piège des lois musulmanes, et c’est là le racisme flagrant : on va donner des droits à des citoyens et pas à d’autres, et la différence entre les deux, c’est juste la naissance.

S : Et ça crée une catégorie de sous-citoyens ?

SC : Voilà, et c’est inacceptable. J’avais mené une lutte avant même que Taubira soit ministre, je lui avais donné un compte-rendu sur les conventions bilatérales où je disais : on ne peut pas accepter dans ces conventions des dispositions qui restreignent les droits des femmes. Ces conventions bilatérales sont atténuées par une jurisprudence mais tout de même, elles sont toujours là, elles sont toujours discriminantes, et elles ont été signées avec des dictateurs. Il faut que la laïcité soit défendue comme droit et pas uniquement en tant que devoir : il faut être cohérent, on ne peut pas exiger des femmes de ne pas porter de voile dans un lieu public, dans un travail public, dans le service public et en même temps leur dire, pour ce qui concerne le droit privé, vous êtes des musulmanes, vous n’êtes plus des Françaises. Il faut être cohérent, sinon on discrédite non seulement la laïcité mais les fondements même de la démocratie.

S : Vous racontez que si une femme vient demander le divorce devant un tribunal en Egypte, en justifiant cette demande par le fait que son mari la bat, la réponse du juge est : « mais qu’est-ce que vous avez pu bien faire à votre mari pour qu’il vous batte ? »–et on la forcera à rester avec un mari violent. Cela a été le cas pour vous mais des femmes qui ont fait une demande de divorce devant une « sharia court » en Angleterre ont obtenu la même réponse. Selon vous, la multiplication de ces sharia courts représentent-elles un risque pour la sécurité des femmes ?

SC : Les femmes victimes de violence en Egypte et dans le monde arabe ont beaucoup de mal à faire enregistrer une plainte. Je vais vous donner un exemple : ma tante est mariée avec quelqu’un qui est violent ; maintenant ils sont séparés mais sans le dire parce qu’en Egypte, être divorcé, c’est très compliqué : on ne peut plus marier ses filles, à cause de la réputation, etc. Elle est allée une fois au commissariat parce qu’elle a perdu son oreille, son audition, à cause des coups. Non seulement elle n’a pas réussi à porter plainte mais les policiers lui ont dit : « qu’est-ce que vous lui avez fait pour qu’il sorte de ses gonds? Vous l’avez certainement mérité ! » Et quand un juge dit à la femme : « de quoi vous vous plaignez ? Un bon père de famille qui tape son enfant par amour pour l’éduquer… » C’est dans un jugement de la cours de cassation en 1986 par exemple. Il y a deux choses là : la maltraitance parentale qui est tolérée par la loi—parce que c’est un représentant de la loi qui dit ça. Et la deuxième chose, c’est l’assimilation des femmes aux enfants : les femmes sont des mineures à vie. Il y a deux mois j’avais demandé à un ami égyptien, un avocat qui est un révolutionnaire, qui a pignon sur rue, qui est très connu, qui est dans tous les comités de défense des prisonniers politiques etc. Je lui ai demandé : « qu’est ce vous faites comme actions pour réformer le Code de la famille ? » Il m’a répondu : « les femmes égyptiennes ont beaucoup de droits ». Même chez les progressistes, on est dans la négation du problème.

S : Donc les droits des prisonniers politiques sont reconnus et défendus, tandis que les droits des femmes sont niés, et rien n’est fait pour elles : les hommes progressistes ne se battent que pour les droits des autres hommes ?

SC : Voilà. Et ce paradoxe-là, on va le retrouver dans les formations politiques. Il y a deux difficultés en fait : d’abord, il n’y a pas de mouvement féministe en Egypte qui soit à la hauteur des enjeux, l’autre c’est l’UNICEF qui donne des subsides aux associations pour la promotion de la démocratie, et qui vide un peu ces associations féministes de leurs objectifs, qui finance des actions un peu tape-à-l’œil. C’est comme ça qu’on a en Egypte des associations qui se disent féministes qui ne font que des colloques –sur l’excision par exemple—mais au Sheraton ou au Hilton.

S : Puisqu’on parle du féminisme en Egypte, qu’est-ce que vous pensez du féminisme islamique ?

SC : C’est un contresens complet. Déjà, l’expression « féminisme islamique », c’est politique, ça introduit un positionnement politique. Dans l’islam, on a deux sources, le Coran et les haddiths. Dans la sourate des femmes, il est dit clairement que « les hommes ont autorité sur les femmes etc ». Et il y a aussi le verset qui autorise les maris à reléguer puis à battre leurs femmes indociles. Mais les « féministes islamiques » ne disent même pas clairement : « il y a dans le Coran des passages qu’il faut réformer »–elles ne font aucune critique portant sur le dogme. Comment voulez-vous vous positionner comme féministe quand la question essentielle du corps des femmes comme champ de bataille n’est pas réglée ?

S : Il y a tous ces textes—sur l’héritage des femmes, sur leur témoignage etc—qui codifient sans ambiguité l’infériorité des femmes dans l’islam …

SC : Pas seulement ça ; je suis en train d’écrire un texte sur l’islam. Dans les textes fondateurs, Adam est nommé, il a un prénom, Eve n’est jamais nommée. A part Marie, aucune autre femme n’est nommée, ça montre à quel point cette religion ne concerne pas les femmes. Deuxième point important, dans le paradis musulman, il n’y a rien pour les femmes. Tout ce qui leur est promis, c’est de redevenir des épouses fidèles–elles n’existent que pour les hommes, elles sont toujours définies par rapport aux hommes. Dire qu’on est féministe et se définir par rapport aux hommes, ça ne peut pas être du féminisme, c’est une usurpation.

S : Vous signalez que personne en Egypte ne prenait les Frères musulmans au sérieux lorsqu’ils ont commencé à monter en puissance et que les gouvernements pensaient qu’il suffisait de leur accorder quelques mesures antiféministes pour les faire tenir tranquille. En France, certainEs critiquent le laxisme des hommes politiques, tant de gauche que de droite, sur les droits des femmes face aux exigences des islamistes (heures de piscines séparées, ségrégation des sexes, port de la burqa non sanctionné etc). Pensez-vous qu’il y a des similarités entre ce qui s’est passé en Egypte et ce qui se passe maintenant en France : que pour courtiser les religieux, on jette les femmes sous le bus et on réduit leurs droits ?

SC : En réalité, ce courant-là, les Indigènes de la République, la mouvance autour de Tariq Ramadan, le communautarisme, je le prends de plein fouet comme une trahison à ma propre lutte et au combat contre l’obscurantisme. Dans le passé, la gauche a combattu les obscurantistes, mais aujourd’hui on a une gauche qui leur tend les bras. Dans mon pays, les gens qui sont sur ces positions, on les appelle l’extrême-droite, ici, ce sont les associations anti-racistes—il y a comme un problème. J’ai une expérience de ces associations, et j’y ai été mise à mal : dès qu’il y avait une discussion sur le voile et que je prenais la parole, on me disait : « tais-toi, Sérénade, ce n’est pas le même voile en Egypte qu’ici ». Il faut revenir quand même à la signification du voile—et pourquoi on voile les femmes. On refuse de voir que le voile a une fonction, celle de contrôler des fillettes et les femmes. Il induit dans l’éducation qu’elles ne sont qu’un objet sexuel, qu’elles sont des tentatrices coupables, que leur corps représente le péché et que c’est pour cette raison qu’il faut le cacher. La fillette n’est plus un enfant, elle est objet du désir masculin. Quand on se dit de gauche, quand on se dit pour l’émancipation des femmes, on ne peut pas accepter des associations qui promeuvent le voile.
Il y a des associations, des formations politiques ou des personnalités de gauche comme par exemple Clémentine Autain, qui pensent que pour avoir les voix et le soutien des « Arabes », il suffit de les caresser dans le sens du poil, c’est-à-dire du cultuel ; c’est extrêmement xénophobe parce que ça part du préjugé que tout Arabe est forcément musulman. Il faut savoir qu’en Egypte, 30% des habitants sont athées, ce qui est plus qu’en Algérie. Et ils n’ont aucun droit et toute une législation contre eux, ils risquent la prison, des jugements d’apostasie avec la perte de leurs droits civils et civiques…

S : Est-ce qu’on peut parler de persécution des athées en Egypte ?

SC : Oui et il y a deux choses qui ont été décidées par le régime: d’une part, mener la lutte contre l’athéisme, de l’autre de mettre en place un Comité pour l’observance de la morale. Ce qui nous rappelle les années 90 où des intellectuels ont été déclarés apostats et on les a divorcés de force. Tout habitant du Moyen-Orient ou du Maghreb n’est pas forcément musulman ou athée, il y a aussi des chrétiens et des juifs. Dans ce contexte, toute personne comme moi subit une injonction : tu es musulmane ou tu n’as plus d’origine, plus d’identité, tu n’existes pas hors du cultuel. Contrairement à ce que prétendent les Indigènes etc, les gens comme moi, les gens qui ont une origine étrangère, notre identité est menacée non pas parce qu’on ne nous reconnaît pas en tant que musulmans—mais au contraire parce qu’on nie notre diversité : je suis une féministe franco-égyptienne, cairote et parisienne. Cette identité multiple est la mienne et je refuse tout appauvrissement de ce que je suis.

S : Vous tenez des propos très forts sur l’islamisme : « on ne compose par avec les islamistes, ils réclament l’application de la sharia et pour cela, il leur faut tout le pouvoir ». Pourtant en France des voix s’élèvent pour affirmer que l’intégration des populations de culture musulmane dans les démocraties occidentales n’est possible que si celles-ci consentent des « accommodements raisonnables » sur des principes démocratiques fondamentaux, comme l’égalité des sexes—et que c’est indispensable pour la paix sociale. Qu’en pensez-vous ?

SC : C’est le contraire de ce qu’il faut faire pour avoir la paix sociale, c’est de la ségrégation par excellence, parce qu’on va avoir des quartiers musulmans, des restaurants musulmans, des tribunaux musulmans, j’ai même trouvé du PQ musulman ! C’est extrêmement dangereux. L’identité de la France dont on parle tant, c’est une identité multiple, les vagues d’immigration qui se sont succédées se sont intégrées sans pour autant renier l’apport qu’elles ont ajouté –et ça a fonctionné. Moi je suis à cheval entre la première et la deuxième génération, dans cette génération, on est une majorité à avoir pratiqué la mixité : on a fait des mariages mixtes, on a eu des enfants mixtes–et ça a fonctionné. Aujourd’hui, le mouvement s’est inversé : on va vers la séparation, on veut des nourritures spécifiques, des lieux spécifiques, des tribunaux spécifiques etc. A la limite, il faudrait deux parlements, deux municipalités : un pour les musulmans, un pour les autres. Il y a là quelque chose qui relève du clientélisme, de la démagogie et de la paresse intellectuelle. J’ai travaillé à Grigny la Grande borne, à Aulnay-sous-Bois, j’ai travaillé à Bondy, donc je n’ai jamais travaillé dans des quartiers « faciles ». Et j’ai vu la politique des grands frères qui s’est mise en place : on a pris des caïds, des machos, qu’on a nommés et même embauchés en tant qu’éducateurs de rue, sans aucune formation préalable. Ca a donné encore plus de radicalisation, encore plus de machisme dans les cités. Aujourd’hui, par exemple à Aulnay-sous-Bois, dans la rue du quartier des 3000 où je travaillais dans une PMI, il y avait des barbus au début de la rue, des barbus au bout de la rue, qui regardaient, qui zieutaient , qui surveillaient et faisaient des rapports aux familles des filles qui passaient : les filles ne peuvent pas entrer comme ça dans un centre de planification au sein d’une PMI; c’était très difficile de travailler dans ces conditions eu égard au soucis de protection des jeunes femmes . Donc, cette politique, il va falloir vraiment que ça s’arrête. Il va falloir aussi qu’on arrête de promouvoir des Tariq Ramadan, Alain Gresh et compagnie…

S : Gresh, c’est un homme, donc il y a une logique pro-viriliste à l’œuvre chez lui dans le fait de soutenir des islamistes. Mais Clémentine Autain qui vient du féminisme et qui promeut un homme comme Ramadan dont j’ai lu qu’il soutenait l’excision—à condition que la coupure ne soit pas trop grande?

SC : Frère Tariq n’est pas contre la lapidation non plus, il veut juste un moratoire. Pour avoir la paix sociale, il y a des choses simples à faire, comme de promouvoir des images positives : il y a des personnes qui sont dans l’intégration, dans la laïcité, qui ont réussi et qui peuvent donner de l’espoir aux autres, pourquoi les medias n’en parlent pas au lieu de parler de Tariq Ramadan ? Ca ne demande pas beaucoup de moyens pourtant ; les partis à droite et à gauche sont dans une lamentation et pas dans une construction. Donc arrêtons de pleurer, et essayons de résoudre le problème, car c’est notre problème à toutes et tous.

Libre Interview de Sérénade Chafik par Sporenda
Publié le 23 décembre 2015

http://yaelmellul.livehost.fr/2015/12/23/femmes-et-islam-a-qui-appartient-le-corps-des-femmes-interview-de-serenade-chafik-par-sporenda/

 

Cette gauche qui s’allie aux islamistes méconnait la solidarité

J’apprends avec stupéfaction que le maire communiste de Gennevilliers organise une conférence le 7 janvier prochain à Gennevilliers, date anniversaire de l’attaque terroriste contre Charlie Hebdo et l’épicerie casher, avec Marwan Muhammad, un « Ni Charlie Ni Paris », un islamiste qui lutte ouvertement contre la laïcité qu’il considère comme un instrument de domination xénophobe.

Après les attaques meurtrières de Charlie et de l’épicerie casher, après les attaques de Paris, et alors que ces actes terroristes sont perpétrés au nom de la religion, j’ai cru naïvement qu’on allait réaffirmer notre attachement aux valeurs de la laïcité.

Mon désarroi a été immense quand j’ai découvert que la LDH avec qui j’avais mené certains combats s’associe à des initiatives de promotion de l’islam politique en France, adopte le terme islamophobie faisant acte de rupture avec l’universalisme des droits humains.

Certaines personnalités politiques de gauche ont fait le choix de cautionner les islamistes et organisent avec eux des tribunes alors que la lutte pour la laïcité est très risquée pour beaucoup à travers le monde.

Une gauche qui s’allie aux islamistes méconnait la solidarité

Entre les deux tours des élections régionales, alors que nous étions secouéEs par les résultats qui mettaient en danger notre démocratie, en Ile de France, le collectif Ensemble dont la porte parole Clémentine Autain, seconde sur la liste du candidat PS Claude Bartolonne, relaye l’appel à se rendre à un meeting à Saint-Denis ou sont conviés, les islamistes Tariq Ramadan et l’ex-porte-parole du Collectif contre l’islamophobie en France Marwan.

Une certaine gauche persiste à collaborer avec frère Tariq alors même qu’il vient de déclarer que toute tentative de réformer l’Islam est vouée à l’échec, que l’Islam est une Unité indivisible (RT arabic du 7 décembre 2015).

Il s’oppose donc aux tentatives progressistes qui tentent de réformer le discours religieux

Dans le même article il n’hésite pas à mettre de l’huile sur le feu comme un émeutier avançant une théorie du complot qui va à l’encontre de la prévention de la radicalisation : « C’est étrange les problèmes surgissent dans les pays qui sont riches en pétrole et en matières premières comme l’Irak, la Libye, l’Afghanistan, le Yémen ou le Niger (…) N’est-ce pas étrange que DAECH apparaisse dans les pays qui ont quelque chose à vendre (…) Comme c’est étrange comment les choses évoluent dans le sens du partage de l’orient stipulé dans les accords Sykes-Picot ».

Je me sens en droit de m’interroger sur ces alliances contre nature avec des islamistes qui nous divisent en bonNEs citoyenNEs bien néEs et en indigènes. Des orateurs et oratrices qui promeuvent la théorie du complot, une théorie qui auraient pu être risible si elle n’était pas dangereuse.
Les associations et personnalités politiques qui feignent de ne pas voir que les revendications communautaristes remplacent la lutte pour la justice sociale, on ne parle plus de la lutte pour l’égalité hommes femmes…

Or le terme islamophobie, sert surtout de paravent aux associations musulmanes pour mener une offensive à l’interdiction du voile à l’école et les institutions de service public.

On oublie que le voile est un enjeu primordial pour les islamistes. Ce n’est pas un hasard si la première mesure de l’état islamique a été d’obliger les femmes à se voiler. Le voile a toujours été utilisé comme instrument de l’appropriation parl la société du corps des femmes. Il en devient une propriété collective. Le voile est surtout l’instrument de la propagande la plus visible pour affirmer l’islamisation de la cité.

Par le voile, on limite le mouvement des femmes, l’espace qu’elles peuvent occuper et la vision qu’elles peuvent avoir d’elles-mêmes.

On refuse de voir que le voile a une fonction, celle de contrôler des fillettes et les femmes. Il induit dans l’éducation qu’elles ne sont qu’un objet sexuel, qu’elles sont des tentatrices coupables, que leur corps représente le péché et que c’est pour cette raison qu’il faut le cacher. La fillette n’est plus un enfant, elle est objet du désir masculin.

Depuis des années, certains intellectuels nous imposent l’expression « islamiste modéré », je les accuse de malhonnêteté. Ils savent que le « iste » induit une idéologie, et que l’islam politique a pour finalité la construction de la Oumma musulmane, une Oumma (nation en arabe) qui englobe le monde entier. Ils sont coupables de complicité, un flagrant délit d’atteinte à la laïcité

Militante féministe franco égyptienne, ayant combattu pour la laïcité ici et là-bas, je suis en droit d’interroger ces associations, médias, personnalités politiques et orientalistes sur leur motivation. Est-ce un positionnement politique ou des alliances purement démagogiques, du clientélisme, dans ce dernier cas ils sont alors tombés dans le piège de la xénophobie.

Oui parfaitement la xénophobie, parce que, quand ils optent pour une stratégie clientéliste, ils présupposent que tout citoyen ayant des origines du « Maghreb ou du Machrek » serait forcément musulman d’essence. Ils nous font une injonction de croire. Je refuse leur injonction.

N’y aurait-il pas là quelques restes de pensée coloniale qui considère que les occidentaux/ occidentales seraient les seulEs à avoir le droit à la laïcité, à la liberté tant sexuelle qu’intellectuelle, au droit de choisir ?

En me définissant uniquement par rapport au culte, ils réduisent mon identité.

Mon identité est une construction culturelle et sociale, je me revendique parisienne de Nantes, française d’Égypte, féministe et laïque…La richesse de mon  identité  est le fruit des valeurs laïques enseignées à l’école communale de la République.

Quand ils s’adressent à moi en tant que musulmane, ils détruisent mon identité et réduisent mon histoire d’immigrée au fait cultuel, ils ont rompu le pacte républicain qui nous lie.

Publié le 23 décembre 2015

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