Madame Zoé Genot, députée Ecolo belge, vous dites dans un article paru dans la Libre.be que je n’ai pas retranscrit dans mon article paru sur le site de IkhwanInfo la totalité de vos propos tenus lors du Congrès des Frères Musulmans intitulé Le printemps arabe : Défis et Espoir et qui s’est tenu le 23 janvier à Bobigny.

Madame, là n’est pas la question. Mon article visait à parler de cette rencontre, pas de retranscrire la totalité de votre discours. Que l’on trouvera ici : https://www.youtube.com/watch?v=OGDajfygW4M
Egyptienne, de gauche, ayant participé à la révolution égyptienne, j’ai été extrêmement peinée de voir une députée de gauche parmi les contributeurs et contributrices de ce rassemblement islamiste.

J’ai été très contrite de voir que c’est une députée de gauche qui par son allocution a réduit les révolutions « du printemps arabe » à des simples révolutions musulmanes.

De quel droit niez-vous le combat de millions d’égyptiennes et d’égyptiens ?
Vous avez commencé ainsi votre allocution : « Toutes ces personnes debout, sur leur pieds, et qui se battaient pour leur dignité et qui se battaient pour avoir un avenir plus démocratique, ils se battaient pour une plus juste répartition des richesses ».
Je ne peux qu’être d’accord avec cette introduction, mais vous omettez tout le long de votre intervention de dire que, si les revendications des révolutions étaient « Liberté, dignité, justice sociale », à aucun moment, ni la jeunesse qui s’est mobilisée en 2011, ni la population n’ont revendiqué l’établissement d’un état islamique, et surtout pas en Egypte.

Il serait souhaitable de rappeler que le déclenchement des révolutions arabes, en 2011 s’est opéré avec des revendications sans référent religieux.

Votre présence à ce colloque est une des tristes preuves qu’une certaine fraction de la gauche européenne apporte son soutien aux frères musulmans et abandonne de ce fait les luttes menées en Egypte et ailleurs. Par les démocrates, par la gauche.

Au mieux cette gauche, a été frappée d’amnésie, elle aurait oublié la mobilisation de 22 millions de citoyens égyptiens qui ont manifesté pour exiger le départ de Morsi et la fin de la mainmise des Frères musulmans sur la Révolution.
Madame Zoé Genot, vous évoquez le coup d’état sans qu’à aucun moment vous n’évoquiez les exactions commises par le gouvernement à la veille de la destitution de Morsi.

Avez vous oublié les évènements et mobilisations de la semaine qui a précédé la destitution du président islamiste Morsi ?

Plusieurs milliers d’Egyptiens avaient manifesté mardi 27 novembre 2013 dans l’après-midi après l’annonce du président Morsi qui avait eu lieu la veille.
Le président islamiste Mohamed Morsi venait de promulguer un décret par lequel il s’octroyait les pleins pouvoirs de fait, au cœur de la plus grave crise depuis son élection en juin.

Après avoir rencontré la hiérarchie judiciaire lundi, M. Morsi avait décidé de maintenir le décret controversé par lequel il s’est autorisé à prendre toute mesure jugée nécessaire pour « protéger la révolution ».

Ce décret, annoncé le 22 novembre, a provoqué la colère d’une grande partie du monde judiciaire, des formations politiques ainsi que des révolutionnaires. Il a placé les décisions présidentielles à l’abri de tout recours devant la justice. Ce décret empêchait également le recours contre la rédaction de la Constitution ; Une constitution rédigée par uniquement des islamistes qui avaient écarté les minorités, les opposants et la société civile.

Dans le même mois, et ce n’était malheureusement pas la première fois les milices des Frères musulmans avaient tué un homme de 26 ans d’un tir dans la tête, et plusieurs dizaines d’autres personnes blessées, selon une source médicale. Dans l’ensemble du pays, 613 personnes ont été soignées pour des blessures reçues.

Ces milices avaient également agressé les femmes, qui avaient manifesté pour refuser les projets de lois qui allaient abaisser l’âge légal du mariage, la transcription de l’excision comme un droit des famille et contre les caravanes « sanitaires » organisées dans les villages de Menya en Haute Egypte et qui proposaient l’excision gratuite des fillettes.

Morsi avait oublié qu’il avait été aussi élu par les voix de ses opposants afin de contrer l’arrivée au pouvoir d’un suppôt de Moubarak. Il avait alors composé son gouvernement et la commission de rédaction de la Constitution par uniquement des islamistes.

Je ne vais pas m’attarder sur toutes les exactions commises par les frères musulmans lors de l’année du pouvoir de leur représentant l’ex président Morsi, mais je ne voudrais pas dans le jeu des alliances on oublie les agressions et violences commises à l’encontre des femmes, des minorités coptes et chiites qui ont été perpétrées par les milices des Frères Musulmans en Egypte.

Madame Zoé Genot, invitée en votre qualité de députée écolo du parlement belge au rassemblement des Frères Musulmans, vous avez conclu ainsi votre allocution : «Donc dans des combats comme cela, pour que les droits fondamentaux soient garantis, d’un coté ou de l’autre de la méditerranée, il y a clairement des coopérations à faire entre vous et nous parce que les intérêts sont exactement les mêmes »

Avec cet appel à une collaboration avec les Frères Musulmans, Madame Zoé Genot, vous avez définitivement tourné le dos à la gauche du Maghreb au Machrek et les combats que nous menons au quotidien contre l’idéologie islamiste totalitaire.

Bien à vous Sérénade Chafik
PS Ce courrier a été envoyé dans les règles à la Libre belgique qui n’a pas daigné le publier.

Publié le 03 février 2016 http://www.ikhwan.whoswho/blog/archives/9745

Publicités