LeHuffPost | Par Annabel Benhaim – Publication: 26/04/2016

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Ce type de témoignage est rare, d’autant plus sur Facebook. L’essayiste franco-égyptienne Sérénade Chafik, âgée de 50 ans, brise le tabou de l’excision dans deux messages publiés ce mardi 26 avril. Elle évoque dans un premier temps le moment où la question s’est posée pour elle-même quand elle a eu 8 ans. Puis, raconte le cas de son aide-ménagère qui a été contrainte de l’accepter pour ses filles. Sérénade avait déjà commencé ce travail de sensibilisation dans son livre Répudiation et lors de sa grève de la faim de 29 jours en 2003 pour protester contre l’excision de sa fille. Avec Facebook, elle espère toucher un public plus large, peut-être moins averti ou concerné.

Jointe au téléphone par le HuffPost, sur lequel elle a publié plusieurs tribunes, elle explique avoir eu la chance d’en réchapper grâce à l’influence de son père. « C’était un intellectuel et un cinéaste reconnu en Egypte. Ma grand-mère le respectait et n’a pas osé insister pour que je sois excisée. Les origines « étrangères » de mon père ont aussi joué en ma faveur (son arrière-grand-père était un juif polonais), l’excision étant réservée aux Egyptiennes pur jus. Puis, mon père était un progressiste, il savait les ravages de l’excision, il n’aurait pu supporter que cela me soit appliqué ». « Dans ma classe, poursuit-elle, j’étais la seule Egyptienne à ne pas être excisée, ainsi que mes camarades palestiniennes. »
De son côté, la mère de Sérénade Chafik ne voyait pas d’objection à voir sa fille mutilée. Co-fondatrice du Parti du rassemblement national progressiste et unioniste, elle avait pourtant elle-même subi les affres de cette coutume. « C’est un barbier qui l’avait excisée d’une manière tout à fait barbare, raconte sa fille Sérénade. Du haut du pubis jusqu’à l’anus, tout était lisse, elle n’avait plus rien. Les actes sexuels étaient douloureux pour elle, car il n’y avait plus de lubrification possible. Ses deux accouchements ont été terribles, son sexe avait perdu l’élasticité nécessaire. »

D’après les données de l’Unicef, le taux de femmes -et petites filles- excisées en Egypte s’élève à 91%. « J’ai décidé de parler de l’excision publiquement parce que je suis une féministe convaincue, explique Sérénade Chafik et je voudrais participer à lever cette chape de plomb qui pèse sur nous toutes. D’ailleurs, malgré la révolution égyptienne entamée en 2011, les associations féministes n’osent toujours pas aborder le sujet.

 

J’avais 8 ans. L’âge d’être excisée;
Ma grand-mère maternelle en a parlé à mes tantes, elles semblaient toutes ne pas voir ma présence dans la même pièce.
Mes tantes, ma mère et ma grand-mère se sont mises d’accord que j’avais l’âge
Peut être m’ont elles vu, peut être, croyaient- elles que je ne comprenais pas de quoi elles parlaient.
Quelques mois auparavant, à l’école, ma meilleure amie, (école pourtant privée et réservée aux filles de « bonne famille » comme on dit en Egypte pour nous distinguer des filles du « peuple » ), nous avait raconté le récit de la mutilation sexuelle qu’on lui avait fait subir.
Enfants, nous l’avions écouté, effrayées, nous avions retenu notre souffle, pétrifiées, nous n’avions pas entendu la cloche sonner
Mère supérieur était alors venue nous gronder
Le récit de Rasméya, ma camarade de classe, fut à jamais gravé dans ma mémoire. Par manque de chance pour moi, quand j’écoute les personnes, je visualise les scènes, à ce souvenir effrayant mon imaginaire a ajouté des images qui ont hanté elles aussi, au côté des autres violences les nuits de l’enfant anorexique que j’étais.
J’entends encore la voix de Rasmeya, son récit me fait encore mal, Ce mal se traduit par une douleur physique.
La douleur de cette excision à laquelle j’ai échappé.
Longtemps, je me suis sentie coupable d’avoir été l’unique fille sauvée dans ma classe, dans ma famille maternelle…
Je n’ai pas été mutilée, mais les filles du pays de mon enfance continuent à l’être

 

J’ai eu mon premier enfant au Caire.
Je l’ai élevé seule et il me fallait travailler;
J’ai eu l’aide d’une nourrice qui venait le garder à la maison.
Elle avait 2 petites filles.
J’ai parlé avec elle des risques de l’excision et je lui ai prouvé que l’islam ne recommandait pas cette mutilation.
Elle a été convaincue
Un jour elle n’est pas venue. Ce n’était pas son habitude elle était devenue presque un membre de ma famille et des fois elle venait mêmes avec ses filles.
Le surlendemain, elle est revenue, les yeux gonflés, des cernes avaient creusé son beau visage. Son regard si vif et malicieux avait perdu son éclat.
Elle m’a expliqué qu’elle avait failli perdre sa fille ainée qui avait eu une hémorragie Elles avait excisé ses enfants.
Je me suis mise en colère, mais une colère noire;
Doucement, elle s’est approchée de moi; D’une voix triste elle m’a raconté sa vie.
Elle avait été mariée à l’âge de 16 ans. la petite paie que je lui versait ne pouvait pas suffire l’éducation de ses enfants ni les dépenses de soins nécessaires à ses parents.
Elle était seule et devait assurer seule la survie de trois générations dans sa famille. Son mari, avait disparu et avait abandonné les petites
Elle m’a dit que tous les mois elle allait à la distribution d’aides que la mosquée organisait.
Ses filles étaient à l’école gratuite qui dépendait de cette mosquée.
Quand le barbier une première fois est passé dans son immeuble, elle avait refusé de mutiler ses filles.
Une semaine plus tard, l’imam de la mosquée l’a convoquée, il lui a expliqué qu’une bonne musulmane devait être une bonne mère et que l’excision était une obligation.
Il lui a fait le chantage, elle n’allait pas recevoir les aides et ses filles ne pourraient plus suivre leur scolarité dans son école.
L’imam s’est entretenu aussi avec sa famille et ses voisines. Acculée de tout part elle a fini par céder aux pressions

 

À voir également : Le témoignage poignant et engagé d’une Egyptienne sauvée de l’excision à 8 ans

Publié le 29 avril 2016, Au Féminin par Camille Broyart : http://www.aufeminin.com/news-societe/excision-le-temoignage-poignant-de-serenade-chafik-s1825191.html

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