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Sérénade Chafik

Mois

août 2016

Combattre l’islamisme sur tous les fronts

Dans une lettre ouverte, des personnalités militantes exhortent les dirigeants politiques français à mener une guerre éminemment politique et économique contre l’islamisme radical.

Combattre l’islamisme sur tous les fronts
Alors que depuis 2012 notre pays connaît une vague d’attentats sans précédent, pas un jour ne passe sans que l’un d’entre vous ne clame que «nous sommes en guerre». Pour répondre à l’inquiétude des citoyens, vous proposez des actions et des mesures souvent pertinentes, dont chacun peut légitimement se demander pourquoi elles n’ont pas été mises en œuvre plus tôt.

D’autres de vos idées sont plus contestables, si nous voulons conserver un cadre démocratique à notre République. Quelques-uns d’entre vous font même référence à Churchill («Je n’ai rien d’autre à offrir que du sang, de la peine, des larmes et de la sueur») ou à Clemenceau («Politique intérieure ? Je fais la guerre. Politique étrangère ? Je fais la guerre. Je fais toujours la guerre»), mais peu semblent avoir la lucidité de l’analyse, la cohérence de l’action et la persistance du courage de ces illustres prédécesseurs.

Les «territoires perdus de la République»
Le prétendu Etat islamique et le jihadisme dans leurs formes actuelles seront militairement vaincus : c’est une question de temps et de moyens. Mais l’islamisme, qui est le terreau et le sas naturels du jihadisme, semble voué à prospérer. Refusant de séparer la religion de la politique, il travaille notre pays depuis des décennies, aboutissant à de véritables «territoires perdus de la République». Bien sûr, nous ne parlons pas ici de l’immense majorité de nos compatriotes musulmans vivant paisiblement leur foi (ou leur indifférence) dans leur sphère privée, mais d’un islam militant poursuivant un objectif politique.

L’islamisme, qu’il soit d’obédience wahhabite ou associé aux Frères musulmans, a le même projet stratégique de conquête que le jihadisme. Il n’en diffère que par la méthode pour gagner les esprits et les cœurs et implanter dans notre pays et d’autres en Europe un modèle politique et social à l’inverse absolu de notre démocratie occidentale. L’égalité hommes-femmes, la liberté d’expression (incluant le droit au blasphème), la laïcité, la protection des minorités, y compris sexuelles, une politique étrangère indépendante… voilà quelques-uns des marqueurs de notre modèle français et européen que veulent abattre les islamistes.

Les attentats terroristes sont certes condamnés par la plupart des institutions ou personnalités islamistes, d’abord parce qu’ils gênent leur stratégie «entriste» dans le tissu sociétal français, en créant la suspicion ou la répulsion envers l’islam. Mais depuis l’avènement des réseaux sociaux, le double discours de certains imams ou maîtres à penser médiatiques ne laisse plus place à l’illusion.

Pour arriver à ses fins, l’islamisme en France bénéficie de subsides et d’appuis matériels significatifs de l’Arabie saoudite et du Qatar. Ce soutien transite par des aides officielles, mais aussi par des fonds privés pour la construction de mosquées salafistes, des lieux d’enseignement, des organisations et des réseaux islamistes dans les universités comme dans les banlieues.

De la diffusion de la propagande islamiste
La prise de contrôle ou la participation dans de nombreuses entreprises françaises par des fonds issus de ces pays génèrent des bénéfices, contribuant à alimenter la diffusion de la propagande islamiste et les flux d’aide à leurs réseaux sur notre territoire. Ces contrôles d’entreprises françaises permettent aussi à ces Etats diffuseurs du salafisme d’augmenter leur visibilité et leur assise, comme l’a démontré le Qatar avec sa prise de contrôle économique et médiatique du PSG.

Le Qatar n’a cessé depuis quinze ans d’appeler au jihad. Son principal prêcheur, Youssef al-Qardaoui, est le fondateur et doyen de la première Université des études et sciences islamiques, établie au Qatar en 1977. Considéré comme le guide spirituel des Frères musulmans, il a été condamné à mort en Egypte. Son programme « Al-charia wa al-hayat » (la voie vers dieu et la vie), diffusé sur Al Jazeera, connaît une audience importante dans le monde. Voilà ce qu’il dit : «L’islam est entré deux fois en Europe, et deux fois l’a quittée… Peut-être que la prochaine conquête, avec la volonté d’Allah, se fera par la prédication et l’idéologie. Toute terre n’est pas obligatoirement conquise par l’épée… Nous voulons qu’une armée de prédicateurs et d’enseignants présente l’islam dans toutes les langues et tous les dialectes…»

Le Consortium Against Terrorist Finance nous apprend qu’en 2010, Al-Qardaoui était président du Conseil de surveillance de la charia de la Banque islamique du Qatar, l’un des plus importants établissements islamiques, qui entretient des relations controversées avec des organisations soupçonnées de financer le terrorisme au Moyen-Orient. Et Al-Qardaoui a coopté au sein de l’Union mondiale des savants musulmans le Suisse Tariq Ramadan, qui a demandé la naturalisation française pour jouer un rôle politique dans notre pays. Rappelons que Ramadan, petit-fils et adepte du fondateur des Frères musulmans, se vante de ne pas «être Charlie» et d’être «perquisitionnable»…

De son côté, l’Arabie saoudite est en passe de constituer le plus grand fond d’investissement dans le monde, après avoir cédé une partie de sa société d’exploitation pétrolière. Nul doute que de nombreuses entreprises en difficulté ou en quête de capitaux pour se développer seront tentées par cette nouvelle manne financière. Il n’est pas sûr que cela soit une bonne nouvelle pour notre pays.

Des niches fiscales accordées au Qatar
Au plus haut sommet de l’État, vous avez encouragé ces investissements, voire ces prises de contrôle. Vous avez même créé des niches fiscales pour les dispenser d’impôts, telle l’exonération des plus-values immobilières accordée en 2009 au Qatar, alors même que les institutions régaliennes du pays pour se défendre contre le terrorisme sont en mal de financement. Il serait fastidieux d’égrener la longue liste des sociétés françaises ainsi concernées, dans les médias, l’immobilier, le commerce ou le sport… Le Qatar n’a même pas caché sa volonté d’entrer dans le capital de deux sociétés stratégiques pour la défense nationale, EADS et Areva, sans succès heureusement. Pour le moment.

Dans toute guerre, la maîtrise de tous les attributs de la puissance est nécessaire pour vaincre un ennemi structuré. Vous pouvez frapper en Syrie, en Irak, au Mali, en République centrafricaine et en Libye. Vous pouvez renforcer nos services de renseignement et de sécurité intérieure. Mais vous devez aussi combattre politiquement l’islamisme en France. Vous devez fermer ses mosquées, expulser ses imams radicaux étrangers, tarir ses relais dans les quartiers, sanctionner ses réseaux sociaux et ses chaînes satellitaires, couper les sources de financement de l’islam politique. Sans quoi vous ne vous serez attaqués qu’à l’écume du terrorisme.

Investir dans les banlieues
Des efforts considérables seront nécessaires pour investir dans les banlieues et dans les quartiers en difficulté et reconquérir les zones abandonnées aux pègres et aux islamistes, où prospère aussi le Front national. Nul doute que se passer des «services» de puissances opulentes mais néfastes à la démocratie française impliquera des choix douloureux en matière économique…

Aurez-vous le courage de le dire aux Français, de désigner l’ennemi sous toutes ses facettes et surtout de mener cette guerre longue sur tous les fronts, y compris politique et économique ? Alors, et alors seulement, vous pourrez légitimement vous référer à Churchill ou à Clemenceau.

Par François Heilbronn, professeur associé à Sciences Po , Jacky Mamou, médecin, président du collectif Urgence Darfou , Jean-Michel Boisset, journaliste et Sérénade Chafik, militante féministe, co-porte-parole de l’association les Dorine

Paru sur le site de Libération le 26 août 2016

Un an déjà, et nous attendons toujours la mobilisation des féministes égyptiennes

Mis en ligne sur Sisyphe, le 25 janvier 2012
2011, une année marquée par un bouillonnement révolutionnaire en Egypte. Une année marquée aussi par des bains de sang, l’arrivée des militaires au pouvoir et leurs 13 000 arrestations, la victoire écrasante de l’islam politique, la formation de nouveaux syndicats indépendants, l’organisation de la résistance et de la contre-révolution, des élections tronquées…

Un an déjà, et nous attendons toujours la mobilisation des féministes égyptiennes pour les droits des femmes.

En effet, depuis le début du processus révolutionnaire, et même si les femmes ont participé autant que leurs camarades hommes au soulèvement et même si elles ont offert leur vie pour atteindre les trois objectifs de cette révolte – liberté, dignité et justice sociale –, les organisations féminines et féministes n’ont pas scandé de slogans concernant les droits des femmes.

Pourtant, le 23 décembre de grandes manifestations ont eu lieu dans toutes les villes d’Egypte. Des hommes et des femmes dénonçaient les arrestations et la torture que subissaient les révolutionnaires par les forces armées.
Un mot d’ordre faisait consensus : « On ne touche pas à l’honneur des femmes de notre pays, l’honneur des femmes est une ligne rouge à ne pas franchir. »
Effectivement, en décembre des soldats de la force armée avaient tabassé une femme voilée, la traînant par terre, soulevant ainsi ses vêtements. La scène a ému toute la société égyptienne, choquée bien plus par le dévoilement de la nudité de la manifestante que par la violence qu’elle a subi ou le traitement spécifique réservé aux révolutionnaires féminines.

Parallèlement, la justice égyptienne venait de prononcer un jugement qui rendait illégaux les tests de virginité pratiqués par les forces armées à l’encontre des jeunes révolutionnaires arrêtées lors des manifestations…

On ne peut qu’être d’accord avec ces manifestations dès lors qu’elles dénoncent les tortures, et les violences spécifiques que subissent les femmes lors des arrestations.

Mais je me réserve le droit de trouver rétrograde un slogan qui prône l’honneur des femmes en l’assimilant à l’honneur de la patrie. Cet honneur se situant entre les cuisses des femmes dans un pays où l’on pratique le crime d’honneur, que l’on devrait plutôt appeler crime de déshonneur ! Dans un pays où les femmes sont spoliées de leur corps. Un corps qui n’est que la propriété collective de toute la famille. Un corps qui a ce pouvoir énorme, cette capacité de déshonorer toute une tribu, toute une nation.

Nous sommes loin de la revendication chère aux féministes : « Mon corps m’appartient ! »

Les organisations féministes ont voulu rassembler largement la population autour du refus des exactions commises à l’encontre des femmes par les militaires. D’une part, elles sont tombées dans le piège du populisme, d’autre part, la question de la sexualité, du rapport au corps n’a jamais été débattue au sein de la société égyptienne. Les organisations féminines et féministes se heurtent à leurs propres limites, leur propre aliénation.

Pour preuve, Alia Elmahdi, jeune blogueuse égyptienne, bien que faisant l’objet d’une fatwa de la part des salafistes, n’a été défendue par personne.
Pour avoir osé se montrer nue et écrire son droit à une sexualité libre, elle a été abandonnée par toute la société civile, féministes comprises.

Source originale : reproduction autorisée par le site Égalité.

Lire aussi : « Les principaux partis égyptiens refusent de s’engager à garantir l’égalité des droits entre hommes et femmes », par Amnesty International France

 

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