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Sérénade Chafik

42 ans après avoir échappé à une excision, elle partage son témoignage sur Facebook

LeHuffPost | Par Annabel Benhaim – Publication: 26/04/2016

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Ce type de témoignage est rare, d’autant plus sur Facebook. L’essayiste franco-égyptienne Sérénade Chafik, âgée de 50 ans, brise le tabou de l’excision dans deux messages publiés ce mardi 26 avril. Elle évoque dans un premier temps le moment où la question s’est posée pour elle-même quand elle a eu 8 ans. Puis, raconte le cas de son aide-ménagère qui a été contrainte de l’accepter pour ses filles. Sérénade avait déjà commencé ce travail de sensibilisation dans son livre Répudiation et lors de sa grève de la faim de 29 jours en 2003 pour protester contre l’excision de sa fille. Avec Facebook, elle espère toucher un public plus large, peut-être moins averti ou concerné.

Jointe au téléphone par le HuffPost, sur lequel elle a publié plusieurs tribunes, elle explique avoir eu la chance d’en réchapper grâce à l’influence de son père. « C’était un intellectuel et un cinéaste reconnu en Egypte. Ma grand-mère le respectait et n’a pas osé insister pour que je sois excisée. Les origines « étrangères » de mon père ont aussi joué en ma faveur (son arrière-grand-père était un juif polonais), l’excision étant réservée aux Egyptiennes pur jus. Puis, mon père était un progressiste, il savait les ravages de l’excision, il n’aurait pu supporter que cela me soit appliqué ». « Dans ma classe, poursuit-elle, j’étais la seule Egyptienne à ne pas être excisée, ainsi que mes camarades palestiniennes. »
De son côté, la mère de Sérénade Chafik ne voyait pas d’objection à voir sa fille mutilée. Co-fondatrice du Parti du rassemblement national progressiste et unioniste, elle avait pourtant elle-même subi les affres de cette coutume. « C’est un barbier qui l’avait excisée d’une manière tout à fait barbare, raconte sa fille Sérénade. Du haut du pubis jusqu’à l’anus, tout était lisse, elle n’avait plus rien. Les actes sexuels étaient douloureux pour elle, car il n’y avait plus de lubrification possible. Ses deux accouchements ont été terribles, son sexe avait perdu l’élasticité nécessaire. »

D’après les données de l’Unicef, le taux de femmes -et petites filles- excisées en Egypte s’élève à 91%. « J’ai décidé de parler de l’excision publiquement parce que je suis une féministe convaincue, explique Sérénade Chafik et je voudrais participer à lever cette chape de plomb qui pèse sur nous toutes. D’ailleurs, malgré la révolution égyptienne entamée en 2011, les associations féministes n’osent toujours pas aborder le sujet.

 

J’avais 8 ans. L’âge d’être excisée;
Ma grand-mère maternelle en a parlé à mes tantes, elles semblaient toutes ne pas voir ma présence dans la même pièce.
Mes tantes, ma mère et ma grand-mère se sont mises d’accord que j’avais l’âge
Peut être m’ont elles vu, peut être, croyaient- elles que je ne comprenais pas de quoi elles parlaient.
Quelques mois auparavant, à l’école, ma meilleure amie, (école pourtant privée et réservée aux filles de « bonne famille » comme on dit en Egypte pour nous distinguer des filles du « peuple » ), nous avait raconté le récit de la mutilation sexuelle qu’on lui avait fait subir.
Enfants, nous l’avions écouté, effrayées, nous avions retenu notre souffle, pétrifiées, nous n’avions pas entendu la cloche sonner
Mère supérieur était alors venue nous gronder
Le récit de Rasméya, ma camarade de classe, fut à jamais gravé dans ma mémoire. Par manque de chance pour moi, quand j’écoute les personnes, je visualise les scènes, à ce souvenir effrayant mon imaginaire a ajouté des images qui ont hanté elles aussi, au côté des autres violences les nuits de l’enfant anorexique que j’étais.
J’entends encore la voix de Rasmeya, son récit me fait encore mal, Ce mal se traduit par une douleur physique.
La douleur de cette excision à laquelle j’ai échappé.
Longtemps, je me suis sentie coupable d’avoir été l’unique fille sauvée dans ma classe, dans ma famille maternelle…
Je n’ai pas été mutilée, mais les filles du pays de mon enfance continuent à l’être

 

J’ai eu mon premier enfant au Caire.
Je l’ai élevé seule et il me fallait travailler;
J’ai eu l’aide d’une nourrice qui venait le garder à la maison.
Elle avait 2 petites filles.
J’ai parlé avec elle des risques de l’excision et je lui ai prouvé que l’islam ne recommandait pas cette mutilation.
Elle a été convaincue
Un jour elle n’est pas venue. Ce n’était pas son habitude elle était devenue presque un membre de ma famille et des fois elle venait mêmes avec ses filles.
Le surlendemain, elle est revenue, les yeux gonflés, des cernes avaient creusé son beau visage. Son regard si vif et malicieux avait perdu son éclat.
Elle m’a expliqué qu’elle avait failli perdre sa fille ainée qui avait eu une hémorragie Elles avait excisé ses enfants.
Je me suis mise en colère, mais une colère noire;
Doucement, elle s’est approchée de moi; D’une voix triste elle m’a raconté sa vie.
Elle avait été mariée à l’âge de 16 ans. la petite paie que je lui versait ne pouvait pas suffire l’éducation de ses enfants ni les dépenses de soins nécessaires à ses parents.
Elle était seule et devait assurer seule la survie de trois générations dans sa famille. Son mari, avait disparu et avait abandonné les petites
Elle m’a dit que tous les mois elle allait à la distribution d’aides que la mosquée organisait.
Ses filles étaient à l’école gratuite qui dépendait de cette mosquée.
Quand le barbier une première fois est passé dans son immeuble, elle avait refusé de mutiler ses filles.
Une semaine plus tard, l’imam de la mosquée l’a convoquée, il lui a expliqué qu’une bonne musulmane devait être une bonne mère et que l’excision était une obligation.
Il lui a fait le chantage, elle n’allait pas recevoir les aides et ses filles ne pourraient plus suivre leur scolarité dans son école.
L’imam s’est entretenu aussi avec sa famille et ses voisines. Acculée de tout part elle a fini par céder aux pressions

 

À voir également : Le témoignage poignant et engagé d’une Egyptienne sauvée de l’excision à 8 ans

Publié le 29 avril 2016, Au Féminin par Camille Broyart : http://www.aufeminin.com/news-societe/excision-le-temoignage-poignant-de-serenade-chafik-s1825191.html

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Pourquoi la colère gronde en Egypte suite aux accords avec l’Arabie Saoudite sur les îles Tiran et Sanafir

A grands renforts médiatiques, le gouvernement et les opposants publient des documents qui valident ou non cet accord. Les uns prétendent que les îles étaient des propriétés de l’Arabie Saoudite, les autres infirment ces allégations officielles.

« L’Egypte n’est pas à vendre »

« L’Egypte n’est pas à vendre » est le nouveau slogan des formations et organisations politiques de l’opposition pour appeler au renouveau de la mobilisation révolutionnaire.

Dans le cadre de la guerre de six jours de juin 1967, l’Arabie Saoudite avait permis à l’Egypte de prendre le contrôle des îles Tiran et Sanafir en 1950, à la suite du blocus du détroit de Tiran par le président égyptien Gamal Abdel Nasser, qui voulait empêcher l’acheminement des aides à « Israël » via la mer Rouge.

Après les accords de Camp David signés en 1978, Israël se retire des deux îles et l’Egypte reprend le contrôle sous la surveillance d’une force Multinationale et de la FMO (Force Multinationale d’Observateurs au Sinaï) mise en place à partir de 1982. Les deux îles sont sans eau potable, et sont actuellement inhabitées.

Les manœuvres opportunistes des Frères musulmans

Cette occasion n’a pas échappé à la manipulation des Frères musulmans. Une occasion inespérée pour eux de redevenir un allié des forces de l’opposition. Aussitôt ils rédigent un appel publié par les Frères musulmans à l’étranger. Si chaque année pour la journée ils dédient la journée de la terre pour « la libération d’El Kods » (Jérusalem, considérée par la confrérie comme terre musulmane) et pour « la libération de la Palestine colonisée par les « JUIFS ».

Cette année, ils se sont adaptés à la revendication populaire et ont annoncé que cette journée du 15 avril serait consacrée à la défense des îles égyptiennes contre le Maréchal Sissi, le traître qui a vendu « nos terres et notre honneur » et qui par cet accord réalise les intérêts d’Israël. La mobilisation est importante, elle prend sa source dans l’idéologie nationaliste ravivée, le chauvinisme blessé, qui repose sur la théorie du complot sioniste.

Dans plusieurs villes, le 15 avril, les manifestants, à l’instar des Frères musulmans, baptisent ce vendredi de manifestations: Journée de la terre.

À partir de ce moment, l’appel à manifester prend une fâcheuse tournure. Le parti « L’Egypte Forte » de Abd El Foutouh (un dissident de la confrérie des Frères musulmans), le parti El Dostour, le Mouvement 6 Avril (qui avait appelé à la révolution et dont plusieurs cadres sont membres ou sympathisants de la confrérie des Frères musulmans) et les Socialistes Révolutionnaires (extrême-gauche) organisent une caravane à destination des îles afin d' »obliger le gouvernement à ne pas se soumettre à Israël et afin d’annuler tous les accords avec Israël et en premier lieu les accords de Camp David ».

Dorénavant, ce sont les Frères musulmans qui donnent le tempo. Si certains n’y voient pas d’inconvénient, beaucoup d’organisations ne savent pas que la confrérie se cache derrière ces mots d’ordre.

« La même ambiance qu’en 2011 »

Le jour de ce vendredi de la terre, par la voix du porte-parole de la direction du Guide suprême, la confrérie salue les mobilisations en Egypte. Le Guide suprême dit dans son communiqué: « c’est la même ambiance qu’en janvier 2011 (…) toutes les initiatives nous sont précieuses, surtout celles qui défendent la terre qui représente notre honneur et la justice (…) j’appelle toutes les forces à l’union ».

Les 15 et 25 avril 2016, les activistes espéraient un retour des flammes révolutionnaires. Ils présentent les manifestations comme spontanées, or le 25 avril, une fois libéré après quelques heures de détention par les force de l’ordre, le journaliste français F. Hume-Ferkatadji tweete:

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Mais il n’y a pas eu de mobilisations pour…

C’est avec amertume que je fais ce constat:

Il n’y a pas eu de mobilisations alors que 94% des égyptiennes sont excisées et qu’à l’heure où je publie ce commentaire, des centaines de petites filles sont sous la lame du barbier.

Il n’y a pas eu de mobilisations alors que nous avons le code de la famille le plus infâme de la région et que les droits des femmes ne sont sur aucun agenda politique.

Il n’y a pas eu de mobilisations quand des intellectuels et des enfants ont été condamnés à la prison pour blasphème.

Il n’y a pas eu de mobilisations quand le président Sissi s’est allié aux salafistes.

Il n’y a pas eu de mobilisations quand un écrivain a été condamné suite à la publication de son roman dans lequel un passage était considéré comme impudique.

Il n’y a pas eu de mobilisations quand 11 homosexuels ont été condamnés pour atteinte à la pudeur parce que tout simplement l’homosexualité est considérée comme une délinquance sexuelle.

Il n’y a pas eu de mobilisations quand l’Arabie Saoudite a emprisonné et roué de coups de fouet un avocat égyptien.

Il n’y a pas eu de mobilisations alors que les travailleurs égyptiens sont exploités et traités comme des esclaves par leurs tuteurs en Arabie Saoudite.

Il n’y a pas eu de mobilisations quand Sissi a confié la protection du Sinaï au Hamas.

Mais ils se sont révoltés et ont voulu la chute du régime dès que les Frères musulmans ont évoqué la probabilité qu’Israël exploite un peu de sable et quelques coquillages.

Paru le 28 avril 2016

A mon amie Maya Surduts qui, dès le début du printemps arabe, était à nos côtés pour rappeler que les droits des femmes doivent être au coeur des soulèvements

Le soulèvement du monde arabe doit s’accompagner du respect des droits des femmes », par Nadia Chaabane, Sérénade Chafik, Suzy Rojtman, Maya Surduts
Le Monde.fr | 07.03.2011

Le monde bouge, le monde change. Des sociétés que l’on croyait immuables sont en train de secouer nos certitudes. Des dictateurs corrompus et leurs clans sont tombés coup sur coup en Tunisie et en Égypte. Le monde arabe s’embrase. Aucun pays n’est épargné du Yémen au Maroc en passant par Bahrein et l’Algérie. Des soulèvements populaires se produisent là où on ne les attendait pas. Les Libyens payent un lourd tribut pour se libérer. Tous ces peuples réclament des libertés démocratiques, écrasés sous une chape de plomb de silence. Leurs revendications sont aussi sociales : ils demandent des emplois, une autre répartition des richesses, dénoncent la corruption des régimes et exigent la transparence et la justice.
Dans cette vague déferlante qui secoue tant de pays, les femmes sont présentes à tous les niveaux de la contestation. En Tunisie, elles ont massivement manifesté le 29 janvier pour réclamer l’égalité des droits et le 19 février une première marche a été organisée pour la liberté et la laïcité. En Algérie, des associations féministes réclament depuis des années l’abrogation du Code de la famille, qui fait des femmes des mineures à vie, et revendiquent des lois égalitaires. Dans d’autres pays, comme en Égypte, même si la voix des féministes est à l’heure actuelle beaucoup plus ténue, des femmes revendiquent l’abrogation du code du statut personnel, la mise en place d’un État laïque et leur participation à la commission pour la réforme de la constitution.
Ailleurs, la voix des féministes est carrément inaudible ou inexistante. Ces soulèvements populaires verront-ils l’émergence d’une revendication féministe d’égalité ? Nul ne peut le dire d’autant plus que dans certains de ces pays le poids des fondamentalistes musulmans et des conservateurs qui veulent cloîtrer les femmes dans des vêtements comme dans les maisons est d’importance et fait parfois craindre le pire. Pèsent aussi la pauvreté et les guerres comme en Irak et en Afghanistan. Mais l’aspiration à la démocratie, le bouillonnement révolutionnaire contre ces régimes autoritaires et corrompus sont des moments propices aux remises en cause en profondeur. Personne ne peut prédire l’avenir.
Les féministes savent que par le passé aucune révolution victorieuse n’a garanti les droits des femmes. L’histoire a prouvé le contraire. Alors quelles garanties revendiquer ? Des Tunisiennes réclament la séparation constitutionnelle entre le politique et le religieux. Celle-ci est fondamentale. Elles réclament aussi que l’égalité formelle soit gravée dans le marbre de de la Constitution.
Cette égalité formelle n’est certes pas une garantie suffisante : les démocraties occidentales le démontrent chaque jour. Mais c’est une condition sine qua non et un préalable pour toute démocratie. La meilleure des garanties reste la mobilisation des femmes elles-mêmes et des hommes qui soutiennent leurs revendications.
Pour nous féministes, les temps que nous vivons sont inédits. Inédits, car c’est la première fois dans l’histoire que nous voyons se dérouler des révolutions tout en ayant en mémoire des exemples historiques : ceux des révolutions du XXe siècle et ceux des mouvements de libération des femmes qui ont bousculé une partie du monde contemporain. Nous savons les dangers qui nous guettent mais nous savons aussi les opportunités que nous pouvons saisir.
Bientôt le 8 mars, journée internationale de lutte pour les droits des femmes. A cette occasion, nous avons manifesté le 5 mars à Paris en solidarité avec les femmes des pays arabes, d’Iran et d’Afghanistan en soutien à leurs luttes et à leurs aspirations. De ces pays nait l’espoir, nous ne saurions passer à côté.
Nadia Chaabane, Sérénade Chafik, Suzy Rojtman, Maya Surduts, féministes d’Égypte, de France, de Tunisie

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/03/07/le-soulevement-du-monde-arabe-doit-s-accompagner-du-respect-des-droits-des-femmes_1489401_3232.html#IAC7oF2FMU3OadYS.99

Les droits des femmes, cette révolution nécessaire dans les cités

Après les émeutes de banlieues, face à ces violences autodestructrices, des plans de politique de la ville se sont succédé. Certes, les plans de rénovation urbaine étaient nécessaires mais insuffisants pour faire face à l’islamisation des cités.

On s’est refusé de voir que l’idéologie islamiste séduisait une partie de la population. Il nous est difficile d’admettre que le discours des islamistes est entendu et toléré par certains croyants musulmans.

Le nationalisme arabe prétendait que du Machrek au Maghreb, on était une oumma unique, le slogan étant « même langue, même religion, même histoire ». Cette supercherie a été majoritairement admise, outre qu’elle invisibilisait les spécificités de chaque pays, elle a laissé croire que la religion était la même pour tous.

Non seulement cette affirmation niait l’existence de citoyens chrétiens, bahaïs, juifs…, mais le nationalisme arabe a aussi nié la pluralité de l’islam. Or il existe des différences entre l’islam chiite et sunnite, se divisant eux-mêmes en plusieurs écoles, voies et sectes.

La plupart des citoyens musulmans qui se définissent comme croyants n’ont pas vu que l’islam sunnite a connu une transformation interne. Le nationalisme arabe avait donné l’illusion que le culte était unique, on l’a cru uniforme. Par cette supercherie, lorsque le fondamentalisme wahhabite a opéré son invasion, personne n’a vu le danger de cette transformation de la pratique de l’islam.

Certains jeunes musulmans apprennent les préceptes de l’islam en fréquentant des mosquées tenues par des fondamentalistes ou par les prêches véhiculés à travers des vidéos qu’ils peuvent regarder sur certains sites internet.

C’est parce que les islamistes ont offert un cocktail qui mélange des préceptes religieux et des traditions qu’ils ont été acceptés par une grande partie de la population de croyance musulmane. Cette offre ne permet aux femmes qu’un seul statut valorisant. Le statut de mère est le seul reconnu. On ne sait plus si l’expression « le paradis est sous les pieds des mères » appartient aux textes sacrés ou à la tradition.

Lors des prêches du vendredi, les imams, tout en multipliant les discours contre les femmes libres, répètent inlassablement le hadith de Mahomet:
« D’après Abou Horaira (ra), un homme vint trouver le Messager de Dieu (saw) et lui dit: Ô Messager de Dieu!, quelle est la personne qui mérite que je tienne avec elle les bonnes relations?
– Ta mère
– Ensuite?
– Ta mère
– Ensuite?
– Ta mère
– Ensuite?
– Ton père »

Ne pouvant être reconnu que par le statut de mère, les femmes investissent pleinement leur rôle et deviennent les gardiennes zélées de la coutume. En réalité, le mélange de préceptes islamiques et de coutumes proposé par les religieux finit par sacraliser la coutume. Au nom d’Allah, on réconforte le conservatisme.

Les années passant, l’idée du « bled », sublimé et fantasmé, demeure figée et le retour improbable, alors, aidé du discours religieux -communautariste- racialiste, on va reconstituer l’organisation sociale du pays maternel, non pas tel qu’il a évolué mais tel qu’il a été gravé dans la mémoire.

Les femmes devenues mères, seul statut honorable et valorisé, sauvegardent des us et coutumes d’un autre temps. Par peur du châtiment d’Allah, et par crainte d’être la risée des gens de là-bas, elles enferment leurs filles, et contrôlent leur virginité.

Enfin, toute la famille se retrouve autour de cet enjeu commun, les hommes assoient eux aussi leur autorité, faisant pression sur des mères qui n’ont que les filles pour retrouver une autorité parentale confisquée.

Au nom de la « mariabilité » des filles, on fouille dans leur sac, au passe au crible tous les faits et gestes de ces dernières. Un jour, une mère catastrophée, au bord des larmes, est venue me voir. Elle s’inquiétait, sa fille avait un retard de règles. Intriguée, je lui demande comment elle le savait. Elle m’explique avec une certaine fierté, qu’elle savait tout de sa fille. Pour les règles, elle demande à sa fille de lui donner les serviettes hygiéniques, pour que l’adolescente sache que sa mère est au courant du moindre ébat amoureux. Elle m’affirme que sa fille la remerciera le jour de son mariage quand elle sera honorée par son mari et que tous sauront qu’elle est restée « pure »!

…Spoliées de leur corps, ce corps qui n’est que la propriété collective de toute la famille…

On conditionne les filles dès le plus jeune âge à l’obéissance. L’exigence parentale frôle l’obsession. Plus tard, elles seront des épouses modèles. Soumises comme il se doit au mari. Un patriarche qui remplace un autre. Elles auront des enfants et, qui sait, peut-être prendront-elles conscience de la vie qui leur a été volée et peut-être la chaîne de reproduction du schéma familial s’arrêtera-elle! Mais pour cela il faut des moyens de prévention!

Les filles issues de l’immigration (sans vouloir généraliser) subissent de plein fouet les coutumes des pays d’origine. Les parents s’organisent autour du baromètre de « mariabilité » des filles. L’hymen en étant le seul garant, on resserre l’étau sur les filles, on contrôle les sorties, on leur interdit d’avoir une sexualité. Elles sont spoliées de leur corps, ce corps qui n’est que la propriété collective de toute la famille, ce corps qui a ce pouvoir énorme, cette capacité à déshonorer toute une tribu. Les garçons ont là une occasion d’exercer leur « virilité ».

Les petits frères ont eux aussi des droits sur ce corps, ils ont même le devoir de préserver ce bien précieux qu’est ce petit bout de peau qui génère tant de souffrance. Le contrôle des filles permet aussi à la famille de transmettre aux garçons les principes de la « virilité » au moyen de l’exercice de l’autorité. Le garçon doit faire preuve très tôt d’autorité. On lui délègue le rôle de surveillant. Il devient responsable de sa sœur, de sa cousine. Cette délégation peut s’étendre à la voisine. Le tout sous couvert de préserver l’honneur de la famille. Un honneur qui est bien fragile. Je me suis toujours posé la question du devenir des filles qui naissent sans hymen! Et qu’en est-il de l’honneur de leur famille?

Le garçon, fierté de beaucoup de familles, a quant à lui le droit de sortie, son domaine c’est la rue. Il faut bien qu’il apprenne à se mesurer à ses pairs. Il faut bien qu’il se prépare au monde. S’il a des conquêtes, c’est une preuve supplémentaire de cette « virilité » tant encouragée. Les garçons exercent donc leur domination sur les filles sous les applaudissements des adultes.

Le discours racialiste renforce le conservatisme

Au nom du respect des cultures, à force de prétendre qu’il existe une ségrégation institutionnelle et que la société se divise en blancs et en indigènes, on a créé un réel fossé qui ne cesse de s’agrandir entre la volonté d’intégration de certains et l’ancrage dans les traditions communautaires, faisant fi des lois en faveurs des droits des femmes.

En réalité, il s’agit d’une tentative de substitution de l’identité de l’individu-citoyen par le sujet islamisé, qui serait affranchi de l’aliénation à l’occident. Cette théorie est opposée à l’universalisme des droits fondamentaux, à la citoyenneté, à la sécularisation ou au modernisme.

Pour toutes ces raisons, une révolution pour les droits des femmes est nécessaire dans les cités.

Pour toutes ces raisons, la place des femmes dans les cités, leurs conditions de vie, le rapport aux us et coutumes, le rapport au pur et à l’impur, au halal et au haram (le licite et l’illicite), ainsi que les rapports familiaux et comment est organisée l’éducation des filles doivent aujourd’hui être au cœur de la politique de la ville.

Publié le 05 avril 2016

Kamel Daoud face à la horde des nouveaux inquisiteurs

Suite à un de ses articles, Kamel Daoud a été accusé d’encourager « l’islamophobie » il a décidé d’arrêter le journalisme.

On se souvient que le terme « islamophobie » a été utilisé aussi contre Salman Rushdie, Taslima Nasreen et chaque fois qu’un intellectuel a tenté de critiquer les islamistes, la pratique religieuse ou les textes dits sacrés.

On se souvient que parallèlement à l’action judicaire contre Charlie Hebdo, des journalistes avaient permis aux balles de siffler, ils avaient livré l’équipe Charlie à la vindicte des fanatiques. Ils avaient noirci leurs articles par des accusations obscènes. Alors que les islamistes du monde entier criaient « mort aux blasphémateurs », certains journalistes accusaient leurs confrères de Charlie Hebdo de xénophobie. Ils avaient adopté le terme islamophobie.

Islamophobie est devenu le verdict préféré des nouveaux inquisiteurs et leurs amis occidentaux islamo-gauchisants. En quelque sorte, une exécution politique qui précède l’exécution physique.

Aujourd’hui des « politistes » (les garants de la morale en politique?) se sont organisés en horde et livrent Kamel Daoud aux obscurantistes et à la haine des autoproclamés imams, ces enturbannés lanceurs de fatwas qui confondent spiritualité et haine.

A ceux qui réduisent la pensée à des rites et l’identité à un voile sur la vie des femmes. L’écrivain a été livré à ces islamistes dangereux qui puisent dans les idéologies les plus sanguinaires pour légitimer leurs incitations les plus meurtrières.

Parce qu’il a osé écrire: « En Occident, le réfugié ou l’immigré sauvera son corps mais ne va pas négocier sa culture avec autant de facilité, et cela, on l’oublie avec dédain. Sa culture est ce qui lui reste face au déracinement et au choc des nouvelles terres. Le rapport à la femme, fondamental pour la modernité de l’Occident, lui restera parfois incompréhensible pendant longtemps lorsqu’on parle de l’homme lambda. Il va donc en négocier les termes par peur, par compromis ou par volonté de garder ‘sa culture’, mais cela changera très, très lentement. Il suffit de rien, du retour du grégaire ou d’un échec affectif pour que cela revienne avec la douleur.

Les adoptions collectives ont ceci de naïf qu’elles se limitent à la bureaucratie et se dédouanent par la charité. Le réfugié est-il donc ‘sauvage’? Non. Juste différent, et il ne suffit pas d’accueillir en donnant des papiers et un foyer collectif pour s’acquitter. Il faut offrir l’asile au corps mais aussi convaincre l’âme de changer. L’Autre vient de ce vaste univers douloureux et affreux que sont la misère sexuelle dans le monde arabo-musulman, le rapport malade à la femme, au corps et au désir. L’accueillir n’est pas le guérir. »

Or ces lignes, déclarées « islamophobes par ces « politistes » ne sont qu’une invitation pour penser l’accueil, le préparer et l’accompagner. Pour enfin une vraie politique d’intégration.

On voit bien la manœuvre des inquisiteurs, on se qualifiant de collectif de chercheurs, ils souhaitent leurrer le lecteur en s’attribuant une légitimité scientifique. Ils maquillent leur position idéologique derrière un vernis scientifique, attention, c’est au nom de la science et non du culte qu’ils parleraient.

Ces « politistes » se rangent au côté des islamistes préférant que du Maghreb au Machrek, la noyade se poursuive.

Il ne faut surtout pas critiquer ni le voile qui fait des femmes des hontes à cacher, ni les fatwas obsessionnelles qui promeuvent la violence sexuelle, contentons-nous des discussions stériles autour du halal et du haram.

En discréditant toute critique de la pensée musulmane, Ils veulent mettre aux bancs de la société la richesse de la pensée, les remises en question, les autocritiques.

Je me suis interrogée sur l’identité des signataires, et en consultant les profiles de chacun, il a été aisé de constater qu’ils partageaient presque tous la même préoccupation. La plupart d’entre eux ont des publications qui les placent dans le courant racialiste qui dénonce la politique « postcoloniale » de l’Occident.

De la lutte contre l’impérialisme moderne en passant par la défense du port du voile,
cette horde estime dans un langage prétendument savant que l’Occident serait toujours et pour l’éternité, le seul coupable de tous les maux.

En pointant le tabou qui pèse sur la sexualité et le rapport à la femme dans les terres d’Islam, Kamel Daoud dérange leur théorie du complot. C’est la capacité critique et autocritique de Kamel Daoud qui dérange. Il lève le voile sur la maladie du l’islam tel qu’il est pratiqué aujourd’hui. Au lieu d’affronter le fondamentalisme islamique, ce collectif de signataires traite un écrivain algérien de raciste, d’islamophobe et d’apostat.

Au lieu d’apporter leur éclairage sur ce que produit les sociétés où le wahhabisme fait du ravage, ces politistes préfèrent affirmer dans d’autres écrits que c’est l’Occident qui est la cause de la perdition du monde « arabo-musulman ».

Alors que Daech représente le danger actuel le plus meurtrier, on préfère faire taire celui qui invite à la réflexion, on veut tuer la pensée.

Or, comment ne voient-ils pas que ce sont nos sociétés du Machrek au Maghreb qui ont fait émerger l’idéologie de Daech?

Parfaitement, Daech, ce n’est pas le « complot sioniste-maçonnique » inventé par le Mossad avec l’appui de la CIA évoqué dans les médias du Machreck au Maghreb, ni comme l’ânonnent les militants pseudo-révolutionnaires et intellectuels qui, de la culture, ne connaissent que le vernis.

Dans nos terres d’Islam, nous adoptons une posture victimaire. Notre regard sur notre histoire, figé à l’ère du colonialisme que nous utilisons pour justifier la perte de la liberté d’expression, le retard industriel, le conservatisme de nos sociétés, l’absence des droits humains en général et les droits des femmes en particulier. Trois générations se sont succédées depuis la décolonisation, mais nous nous cramponnons à cette paresse intellectuelle et nous nous noyons dans le déterminisme qui nous épargne de faire l’effort de décider de notre destinée.

Daech, ce sont nos sociétés où la corruption a la même odeur que le parfum des bouches d’égouts et qui s’insinue dans chaque relation avec l’administration. La corruption érigée en système gangrène la plupart des formations politiques, les associations, les syndicats…

Daech, ce sont nos sociétés qui ont légitimé les traditions archaïques par des lois qui donnent au mari le droit de vie ou de mort sur la femme. Ce sont les jugements de cours de cassation qui considèrent que l’assassinat des femmes au nom de la défense de l’honneur de la famille, de la tribu et de la nation est une circonstance atténuante et qui ne condamnent le mari assassin qu’à de la prison avec sursis plaçant ainsi l’ honneur de la société entre les cuisses des femmes.

Daech, ce sont nos sociétés qui font du mot femme, la désignation de la honte à cacher derrière un voile, une prison corporelle quand les femmes sortent de leur prison spatiale qu’est le foyer.

Daech, c’est nous, en Egypte : dans la langue parlée, il n’y a pas de mot pour désigner le clitoris. Or, nommer, c’est donner essence ou naissance. L’absence de vocabulaire introduit la disparition du clitoris.

La mutilation génitale féminine est alors facilitée, puisqu’on coupe ce qui n’existe pas, ce que nous n’avons pas nommé. N’oublions pas que le taux de mutilation génitale féminine ou excision est de 97% selon le ministère égyptien de la Santé et de 94% selon les ONG.

Même à nos morts, nous attribuons le qualificatif de martyre, nos enfants seraient ainsi morts pour Allah, alors comment pourrons-nous combattre la notion de djihad, n’avons-nous pas préparé les jeunes à suivre l’appel de Daech?

 

Publié le 23 février 2016

CRISE AU SEIN DES FRÈRES MUSULMANS

Depuis la chute de Morsi, la confrérie des Frères Musulmans est fragilisée. Une crise interne de la confrérie a déclenché beaucoup de réactions en Egypte et à l’étranger.

Certains militants ont même parlé de tentative de coup d’Etat au sein de la confrérie. L’enjeu est tout bonnement la survie du mouvement, les finances, le recours ou pas à la lutte armée…

Pour comprendre les tenants et les aboutissants de la crise interne, nous avons épluché tous les communiqués publiés par les deux parties.

Scissions successives au sein de la confrérie.

Une crise a commencé à la chute de Morsi entre deux courants. Le premier courant représente le pouvoir des « vieux », les dirigeants historiques, avec à sa tête Mahmoud Ezzat mandaté par le guide suprême officiel Badie (qui se trouve en prison) pour assurer la fonction du guide suprême par intérim. Il est accompagné par Mahmoud Hussein, secrétaire général de la confrérie et Mohammed Abdel-Rahman en charge de la confrérie à l’étranger. Talaat Fahmi est le porte parole officiel de ce courant.

L’autre courant, celui des « jeunes », a à sa tête Mohamed Kamal, considéré par les dits jeunes comme étant le vrai guide suprême. Mohamed Kamal est en exil, il est recherché en Egypte pour plusieurs procès. Avec lui, on trouve Muhammad Muntasir, ancien porte-parole de la confrérie qui est le responsable de la coordination et de la communication avec les médias. Le courant des jeunes a demandé la dissolution de la confrérie et sa scission en deux.

Talaat Fahmi, le porte parole officiel (nommé par le courant « vieux » de Mahmoud Hussein) a reconnu l’existence de la demande de scission de la confrérie. Une demande qui pour lui est suicidaire. Dans plusieurs courriers, il explique qu’il est submergé par des tentatives de diviser les instances juridiques et institutionnelles au sein de la confrérie. Une tentative de coup d’état selon lui sur l’héritage et méthodes de l’organisation. Talaat Fahmi a expliqué que la crise remontait à 2014, après l’évacuation de Rabia et l’absence des dirigeants de la confrérie suite à leurs arrestations. Huit membres du Bureau ont alors nommé six militants et créé un comité chargé de la gestion de la crise en Egypte. A peine mis en place, ce comité a préconisé de nouvelles élections internes, limogé le guide suprême et suspendu Mahmoud Hussein (secrétaire général de la confrérie).

Aussitôt, Mohammed Abdul Rahman Al-Morsi (courant vieux), responsable du Comité administratif suprême et de la direction de la confrérie à l’intérieur de l’Egypte, fidèle à Mahmoud Ezzat, a décidé de geler la participation plusieurs membres de la dissidence : Ahmed Abdel-Rahman, Amr Darraj (ancien ministre de la coopération internationale du gouvernement de Morsi), Yahya Hamed, Hussein Kazaz, Gamal Hashmat, Oussama Suleiman, Taher Abdul Mohsen, Ayman Abdel-Ghani et Muhammad Bashlawi.

Mohammed Abdul Rahman Al-Morsi a invité les membres de la confrérie à respecter la discipline et à soutenir les dirigeants des Frères musulmans en Egypte, le Guide suprême Mohammed Badie ainsi que son adjoint Mahmoud Ezzat et ses adjoints en Egypte et à l’étranger. Il a demandé de respecter la ligne du bureau et du Conseil de la Choura général élu en 2010. Mohammed Abdul Rahman Al-Morsi a aussi dissout le bureau des Frères musulmans égyptiens à l’étranger, accusant ses membres d’avoir usurpé le pouvoir et d’avoir rejeté des décisions de la Confrérie et ses institutions.

Amr Darrag

De son côté, le bureau des Frères musulmans égyptiens à l’étranger a refusé sa dissolution et a accusé Mahmoud Ezzat de ne pas soutenir le mouvement révolutionnaire que le bureau représente. La confrontation a été encore plus violente quand quatre dirigeants, Mohamed Bashmawi, Abdel Hafez El Sawy, Ayman Abdel-Ghani et Taher Abdul Mohsen ont annoncé leur démission du bureau à l’étranger refusant ainsi de travailler hors cadre institutionnel de la confrérie.

 

Quel est le fond de la crise ?

Les « jeunes » accusent les dirigeants historiques, les « vieux » d’avoir restructuré radicalement la confrérie pour contrôler l’organisation, et détenir le pouvoir absolu que ce soit sur le plan organisationnel ou idéologique. Ils accusent aussi la direction d’être responsable de la plupart des crises de la confrérie dans la période post-révolutionnaire. De ne pas impliquer les jeunes dans la prise de décision, et d’avoir fait alliance avec les militaires.

Plus grave, les « jeunes » reprochent à la direction composée du guide suprême Mohamed Badie et son adjoint Khairat Al-Shater et Rashad al-Bayoumi et d’autres qui sont actuellement en prison, mais également à Mahmoud Ezzat, Mahmoud Hussein et Mahmoud Gazlan, la stratégie qui a été adoptée après la dispersion de l’occupation de Rabia. Ils leur attribuent une part de responsabilité dans l’effusion du sang.

Le plus important désaccord est le recours ou non à la violence révolutionnaire.

Dans le communiqué « Jeunes Musulmans » paru dans un article paru dans Sasa Post*, en date du 30 mai 2015, les « jeunes » reprochent aux « vieux » leur stratégie : « La génération des doyens estime que tout affrontement avec l’Etat égyptien sera un échec et aboutirait à de graves conséquences pour le groupe à court et à long terme. De là, la confrérie doit coexister avec l’État et l’État doit un jour ou l’autre revoir sa position et s’engager avec les Frères musulmans dans un processus de négociation ».

Les « jeunes » considèrent que les dirigeants historiques ont été dans le déni quand ils affirmaient que Sissi n’allait pas recourir au coup d’état. Ils reprochent aux doyens l’adoption de la lutte pacifique comme stratégie qui aurait conduit à une perte de temps et à l’échec.

Les jeunes Frères Musulmans expliquent la crise de leur point de vue : « Les doyens ont eu recours à la «résistance passive». Leur priorité étant la survie quel que soit le sacrifice qui a coûté des vies. Cette génération a adopté “la lutte pacifique absolue” comme unique outil unique pour gérer le conflit actuel avec l’État. Mais la génération de la révolution trouve qu’il faut une transformation complète de l’état afin de venir à bout de la corruption. Cette génération ne négocie pas avec un état qu’ils savent être corrompu… Cette génération adopte la stratégie de la « résistance active », pour qu’elle deviennent actrice en adoptant le principe du droit à la légitime défense. Une génération qui ne met pas de limite quant aux choix des outils qu’elle peut utiliser face aux circonstances actuelles. C’est pour cela que nous avons trouvé des actions qui visent les institutions de l’état et ses infrastructures vitales, comme par exemple les transformateurs d’électricité ».

Dans leur dernier communiqué paru le 30 mai 2015 sur le site de arabia21 , ils disent qu’ »il faut en finir avec ce choix binaire et se libérer des limites que nous nous imposons au détriment des objectifs, la crise ne se limite pas aux choix entre la lutte pacifique ou autre mais il s’agit de notre capacité à relever le défi historique … « .

Amr Darrrag, un des membres du bureau de la confrérie à l’étranger revendique le droit de ces jeunes à participer aux instances de direction de la confrérie. Bien qu’il nie avoir encouragé la lutte armée.

Le 14 aout 2015 Amr Darrrag publie sur sa page Facebook plusieurs appels pour le droit de venger les morts incitant à appliquer la loi du talion. C’est à dire oeil pour oeil et dent pour dent.

 

Qaradawi offre sa Médiation

Youssef al-Qaradawi, qui représente pour les Frères Musulmans une autorité spirituelle, a proposé une médiation qui a été acceptée par les deux courants.

Qaradawi, après avoir longuement discuté avec les représentants de deux équipes, fait une proposition mardi 26 janvier. Elle est signée par des religieux proches des Frères Musulmans. Il demande l’unité et le respect de la voie révolutionnaire pacifique (qu’il rejette lui même régulièrement).

«À la lumière de ce qui est devenu clair pour moi après ces réunions et délibérations, et après avoir écouté les différents points de vue, et après avoir vu les protagonistes de la crise, et dans l’intérêt de l’avenir de la confrérie et son message, je demande aux dirigeants de la confrérie et à ses membres d’accepter l’unité, de réunir les efforts, de travailler afin d’atteindre les objectifs de la confrérie et d’améliorer son efficacité, afin d’être capable de faire face aux grands défis qui se déroulent en Egypte et dans la région qui l’entoure « .

Qaradawi appelle « à protéger les institutions et de faire évoluer les réglementations, à organiser des élections générales de toutes les instances à l’intérieur du pays et à l’étranger et de les organiser le plus rapidement possible ».

Il a également appelé à « respecter la voie révolutionnaire pacifique » et a invité les différents courants à « travailler et coopérer ensemble et arrêter de mener des batailles les uns contre les autres dans les médias, de ne plus faire des communiqués ou prendre des décisions qui pourraient blesser, et qu’ils soient à la hauteur de la responsabilité pour soutenir leurs frères et faire face à leurs ennemis ».

L’ex ministre de la coopération internationale et un des dirigeants du bureau des Frères Musulmans à l’étranger, Amr Darrag, a déclaré lors d’une émission* : « le bureau des Frères Musulmans à l’étranger, même si le mandat de notre bureau élu n’est pas arrivé à terme de son mandat, est prêt à entrer dans le processus électoral. Le bureau a décidé de faire appel à un certain nombre de jeunes pour qu’ils participent aux responsabilités en cette période de transition »

Le bureau de la direction de l’orientation et du guide suprême a promis quant à lui d’organiser au plus vite les élections avec l’intégration des jeunes et des femmes. Quand à la violence, chacun choisira. Quelques jours après ce « compromis », le courant « jeune » a publié un nouveau règlement, le courant « vieux » a protesté contre la publication de communiqués et plusieurs ulémas Frères musulmans ont remis en cause la légitimité de Qaradawi.

Serenade Chafik
PS : La crise étant loin d’être finie, nous compléterons régulièrement ce papier.

Publié le 08 février 2016  : http://www.ikhwan.whoswho/blog/archives/9852

LETTRE OUVERTE DE SÉRÉNADE CHAFIK À ZOÉ GENOT DÉPUTÉE BELGE

Madame Zoé Genot, députée Ecolo belge, vous dites dans un article paru dans la Libre.be que je n’ai pas retranscrit dans mon article paru sur le site de IkhwanInfo la totalité de vos propos tenus lors du Congrès des Frères Musulmans intitulé Le printemps arabe : Défis et Espoir et qui s’est tenu le 23 janvier à Bobigny.

Madame, là n’est pas la question. Mon article visait à parler de cette rencontre, pas de retranscrire la totalité de votre discours. Que l’on trouvera ici : https://www.youtube.com/watch?v=OGDajfygW4M
Egyptienne, de gauche, ayant participé à la révolution égyptienne, j’ai été extrêmement peinée de voir une députée de gauche parmi les contributeurs et contributrices de ce rassemblement islamiste.

J’ai été très contrite de voir que c’est une députée de gauche qui par son allocution a réduit les révolutions « du printemps arabe » à des simples révolutions musulmanes.

De quel droit niez-vous le combat de millions d’égyptiennes et d’égyptiens ?
Vous avez commencé ainsi votre allocution : « Toutes ces personnes debout, sur leur pieds, et qui se battaient pour leur dignité et qui se battaient pour avoir un avenir plus démocratique, ils se battaient pour une plus juste répartition des richesses ».
Je ne peux qu’être d’accord avec cette introduction, mais vous omettez tout le long de votre intervention de dire que, si les revendications des révolutions étaient « Liberté, dignité, justice sociale », à aucun moment, ni la jeunesse qui s’est mobilisée en 2011, ni la population n’ont revendiqué l’établissement d’un état islamique, et surtout pas en Egypte.

Il serait souhaitable de rappeler que le déclenchement des révolutions arabes, en 2011 s’est opéré avec des revendications sans référent religieux.

Votre présence à ce colloque est une des tristes preuves qu’une certaine fraction de la gauche européenne apporte son soutien aux frères musulmans et abandonne de ce fait les luttes menées en Egypte et ailleurs. Par les démocrates, par la gauche.

Au mieux cette gauche, a été frappée d’amnésie, elle aurait oublié la mobilisation de 22 millions de citoyens égyptiens qui ont manifesté pour exiger le départ de Morsi et la fin de la mainmise des Frères musulmans sur la Révolution.
Madame Zoé Genot, vous évoquez le coup d’état sans qu’à aucun moment vous n’évoquiez les exactions commises par le gouvernement à la veille de la destitution de Morsi.

Avez vous oublié les évènements et mobilisations de la semaine qui a précédé la destitution du président islamiste Morsi ?

Plusieurs milliers d’Egyptiens avaient manifesté mardi 27 novembre 2013 dans l’après-midi après l’annonce du président Morsi qui avait eu lieu la veille.
Le président islamiste Mohamed Morsi venait de promulguer un décret par lequel il s’octroyait les pleins pouvoirs de fait, au cœur de la plus grave crise depuis son élection en juin.

Après avoir rencontré la hiérarchie judiciaire lundi, M. Morsi avait décidé de maintenir le décret controversé par lequel il s’est autorisé à prendre toute mesure jugée nécessaire pour « protéger la révolution ».

Ce décret, annoncé le 22 novembre, a provoqué la colère d’une grande partie du monde judiciaire, des formations politiques ainsi que des révolutionnaires. Il a placé les décisions présidentielles à l’abri de tout recours devant la justice. Ce décret empêchait également le recours contre la rédaction de la Constitution ; Une constitution rédigée par uniquement des islamistes qui avaient écarté les minorités, les opposants et la société civile.

Dans le même mois, et ce n’était malheureusement pas la première fois les milices des Frères musulmans avaient tué un homme de 26 ans d’un tir dans la tête, et plusieurs dizaines d’autres personnes blessées, selon une source médicale. Dans l’ensemble du pays, 613 personnes ont été soignées pour des blessures reçues.

Ces milices avaient également agressé les femmes, qui avaient manifesté pour refuser les projets de lois qui allaient abaisser l’âge légal du mariage, la transcription de l’excision comme un droit des famille et contre les caravanes « sanitaires » organisées dans les villages de Menya en Haute Egypte et qui proposaient l’excision gratuite des fillettes.

Morsi avait oublié qu’il avait été aussi élu par les voix de ses opposants afin de contrer l’arrivée au pouvoir d’un suppôt de Moubarak. Il avait alors composé son gouvernement et la commission de rédaction de la Constitution par uniquement des islamistes.

Je ne vais pas m’attarder sur toutes les exactions commises par les frères musulmans lors de l’année du pouvoir de leur représentant l’ex président Morsi, mais je ne voudrais pas dans le jeu des alliances on oublie les agressions et violences commises à l’encontre des femmes, des minorités coptes et chiites qui ont été perpétrées par les milices des Frères Musulmans en Egypte.

Madame Zoé Genot, invitée en votre qualité de députée écolo du parlement belge au rassemblement des Frères Musulmans, vous avez conclu ainsi votre allocution : «Donc dans des combats comme cela, pour que les droits fondamentaux soient garantis, d’un coté ou de l’autre de la méditerranée, il y a clairement des coopérations à faire entre vous et nous parce que les intérêts sont exactement les mêmes »

Avec cet appel à une collaboration avec les Frères Musulmans, Madame Zoé Genot, vous avez définitivement tourné le dos à la gauche du Maghreb au Machrek et les combats que nous menons au quotidien contre l’idéologie islamiste totalitaire.

Bien à vous Sérénade Chafik
PS Ce courrier a été envoyé dans les règles à la Libre belgique qui n’a pas daigné le publier.

Publié le 03 février 2016 http://www.ikhwan.whoswho/blog/archives/9745

GRAND REGROUPEMENT DE FRÈRES MUSULMANS À BOBIGNY

Samedi 23 janvier, a eu lieu un des plus importants regroupements de leaders des Frères musulmans en Occident et ce en toute discrétion. Officiellement il s’agissait du second congrès du Collectif des associations pour la démocratie et les libertés. Le titre :  » Printemps arabe : Défis et Espoir ». Le premier avait consacré « l’institution du comité de défense des révolutions et de la démocratie »

Le but de la rencontre était de créer une plateforme de soutien aux Frères musulmans depuis l’Europe et en l’occurence depuis Paris.

L’événement a été annoncé sur plusieurs sites : Tunisiens des deux Rives et Tunisiens de France ainsi qu’une page Facebook.

Plusieurs personnalités étaient annoncées sur le programme.

  • Zoé Genot députée belge du Parti Ecolo. Elle s’est faite connaitre pour son soutien à Ali Aarass et a même fait une grève de la faim en soutien.
    Tawakkol Karman, prix Nobel de la paix. Militante du soulèvement au Yémen. Et membre officiel des Frères Musulmans.
  • Moncef Marzouki, ancien président tunisien.
  • Amr Darraj, secrétaire général de la section de Guizeh du parti des Frères musulmans Liberté et justice et ancien ministre du développement et de la coopération internationale du gouvernement de l’ancien président de l’Egypte, Mohamed Morsi.
  • Ayman Nour ancien secrétaire général du parti El Ghad égyptien, initiateur du mouvement des juristes contre la corruption Kefaya et ancien candidat aux élections présidentielles égyptiennes en 2012 et qui soutient actuellement les Frères musulmans égyptiens.
  • Gilles Devers spécialiste du droit médical à Lyon et conseil de la Coordination contre le racisme et l’islamophobie.
  • Abdrraouf Ouazziani président AFD.
  • Meherzia Labidi, ex-vice-présidente de l’Assemblée nationale constituante (ANC) et membre du Majlis Choura d’Ennahdha. Elle avait participé au US-Islamic World Forum. En Tunisie, Meherzia Labidi avait déclenché une vive polémique en préconisant d’inscrire dans le texte de la nouvelle constitution la «complémentarité entre l’homme et la femme» et rejetant le terme d’«égalité».
  • Sameh Elhenawoui président de l’association égypto-américaine pour le droits humains à Washington.
  • Imad Daimi député tunisien de Médénine, vice président du parti tunisien Harrak El Irada.
  • Hatem Azzam ex député égyptien.
  • Islam Lotfi journaliste.
  • Ahmed Shehata adjoint coordinateur général du Collectif international des égyptiens à l’étranger.
  • Mohamed Mahsoub ex ministre égyptien du parti Wassat. Bien que considéré comme un islamiste plus « modéré » que les Frères musulmans au pouvoir, il avait claqué la porte du gouvernement qui, selon lui, n’était pas assez radical pour le peuple.
  • Mohamed Shoubir coordinateur général du mouvement Gourba.
  • Burhan Gghalioun ex Président du Conseil national syrien. Il est critiqué pour être l’hHomme qui a permis aux Frères musulmans syriens de dominer le Conseil.
  • Mazen Kahil président du Conseil Euro-Palestine.
  • Abdeltatif el Mekhi ex ministre tunisien.
  • Zouheir Ismaël ex conseiller du président Marzouki.
  • Najib Hosni ancien membre de la Constituante tunisienne.
  • Mohamed Mahsoub ex ministre.
  • Riad Chaibi président du parti El Bina.
  • Lamia Ben Ayad vice présidente de l’Union africaine de la femme
  • Hala Kodmani journaliste
  • Oussama Rochdi président du bureau juridique du Conseil révolutionnaire
  • Haytem Abou Khalil
  • Imededdine Chahine prof. en sciences politiques
  • Amr Farouk porte parole du parti El Wassat
  • Monzer Eliwa Parti Ghad Al Thawra
  • Ahmed Elbaqry ancien vice président de l’union des étudiants égyptiens

Malgré des moyens importants, le lieu de la rencontre avait de quoi surprendre. Une salle, situé dans la zone industrielle de Bobigny et loin de la station du métro de quoi décourager le public. Une fois arrivés, les participants ont été priés de repasser par le parking, l’entrée se faisant par l’issue arrière. Une fouille stricte a eu lieu à l’entrée par des militants qui semblaient inquiets. A l’accueil on trouvait un stand de vente de casquettes et teeshirts jaunes avec dessus le signe de la Rabia.

Les interventions devaient commencer à 10h30. Le tout retransmis par Al Jazeera. A 11h25, on a pu entendre un organisateur parler fort dans de son portable : « il faut faire venir ceux qui sont avec Am Farouk. » 13 minutes plus tard la salle s’est remplie d’un seul coup d’une centaine de personnes.

Avec deux heures de retard, le meeting a pu commencer. Le modérateur a d’abord remercié les parlementaires européens ainsi que les militants des droits de l’Homme qui ont dénoncé le coup d’état en Egypte et la politique de Sissi.

Il a informé la salle des plaintes formulées dans plusieurs états contre les dirigeants égyptiens, en Belgique, Afrique du Sud ainsi qu’en France. Il a précisé que ce congrès était une initiative pour une plateforme d’unité pour la démocratie et le respect des droits de lHomme.

Zoé Genot, la députée fédérale du parti Ecolo belge a expliqué que la situation politique et sociale était grave, que DAECH était sorti de nulle part. Qu’elle avait eu les plus grandes difficultés à faire accepter une motion au parlement sur le coup d’état militaire. Un préalable, selon elle, pour obliger les gouvernements à en tirer les conclusions et à revoir la politique de coopération avec l’Egypte.

Pendant l’intervention de Zoé Genot plusieurs cadres des Frères se réunissaient dans une autre salle sous la houlette d’un Frère américain. Aucune personne extérieure n’était admise dans la salle car « les chefs » étaient en réunion.

Moncef Marzouki a mis en garde les participants. « Il faut que nous soyons attentifs, leur stratégie est construite autour d’une seule chose,et c’est de faire l’illusion pour nos peuples que le choix n’est pas entre la démocratie et la liberté, n’est pas entre l’Islam et la laïcité comme ils prétendent mais le vrai choix est entre DAECH et Bachar El Assad, le choix et entre Al s s s j’ai peur de dire Al Sebsi, Al Sissi, on les confond, pour moi ils représentent le même système, je les confond toujours ».

Moncef Marzouki a réitéré ses attaques contre les Emirats Arabes Unis qui depuis depuis des années luttent contre les Frères musulmans : «l’Etat des Emirats crée des partis politiques qu’il finance pour saboter le Printemps arabe».

 

Paru le 24 janvier 2016 :http://www.ikhwan.whoswho/blog/archives/9719

 

Les réfugiés sont-ils des anges ou des démons?

En ces temps troubles ponctués par les attaques terroristes, les réactions émotionnelles prennent le pas sur la réflexion au risque de voir en tout musulman un ennemi de la démocratie, un terroriste, un violeur en puissance.

Plus que jamais notre réflexion se doit d’être affinée, afin de ne pas se retrouver prise en étau entre une généralisation qui donnerait raison aux xénophobes ou des compromissions qui feraient des islamistes des alliés de nos luttes pour la liberté, pour l’égalité femmes/hommes et la justice sociale.

La paresse intellectuelle assimile tout ressortissant du Maghreb ou du Machrek à non seulement un musulman mais aussi un islamiste, un ennemi de l’Occident. Or, juger des citoyens en fonction de leurs origines ou de leur religion réelle ou supposée ne peut pas servir la défense ou la promotion de la laïcité. Il s’agit simplement de xénophobie, le terme laïcité n’étant qu’un alibi.

Cette pensée simpliste et binaire ne peut servir que les deux extrêmes: la xénophobie qui se sert d’une définition erronée de la laïcité pour mener une guerre contre une partie de la population et l’islamisme qui prône le choc des civilisations.

Les xénophobes tentent de faire croire que tout musulman est un islamiste, un terroriste voire un violeur. Ils veulent nous faire croire que les violences et le terrorisme sont intrinsèques à un groupe ethnique. Cette pensée n’est que le recto du verso du relativisme culturel.

On oublie en ces temps d’embrouille intellectuelle que la population du Maghreb au Machrek est aussi la cible du terrorisme de Daech. Les islamistes quant à eux profitent des discours incitant à la haine pour crier à « l’islamophobie » imposant ainsi ce terme fallacieux au débat. Ils vont jusqu’à se considérer comme victimes, on oublierait presque que c’est l’islamisme qui véhicule les messages de haine.

Il faut aussi questionner la tendance qu’ont les politiques et les médias à aller chercher des réponses chez les représentants du culte. Par ce comportement, ils donnent aux religieux un rôle politique. Comme si c’était à la mosquée de gérer les crises de la société, comme si le politique ne pouvait décider sans consulter la religion, comme si la société n’était composée que de croyants. Par ce comportement le citoyen ayant certaine « origine » serait uniquement un croyant, il n’aurait pas le droit d’être athée, agnostique, bouddhiste…, son représentant légal étant le représentant du culte.

Une fois de plus, le politique délègue sa responsabilité et enferme les populations dans le repli communautaire et religieux, en les laissant trouver les solutions en interne. Il est vrai que la société a tendance, quand elle ne nie pas tout simplement les violences, à les considérer comme une affaire de « famille ».

Parallèlement, on ne peut accepter le silence qui a pesé sur les violences sexuelles dont ont été victimes des femmes non seulement à Cologne en Allemagne mais aussi en Autriche, Suisse et Finlande. Tout comme a pesé et pèse encore le silence sur les violences sexuelles commises dans les camps à l’encontre des femmes réfugiées.

Certaines associations antiracistes et certaines associations féministes, se sentant mal à l’aise, ont ou bien minimisé ces faits ou se sont réfugiées dans le mutisme par peur de faire le jeu de l’extrême droite.
Mais, auraient-elles aussi intériorisé leur complexe de « postcoloniales » ainsi que la « supériorité » de la lutte contre le libéralisme et le capital?

Le silence des pouvoirs publics (qui ne livrent jusqu’à aujourd’hui les informations qu’au compte-gouttes) est également insupportable. Le manque de communication de la part des autorités et des associations a créé un vide, il a abouti à ouvrir une brèche pour les affirmations xénophobes de l’extrême droite.

Beaucoup d’associations antiracistes et féministes défendent le droit de protection pour les réfugiés qui fuient les guerres et les violences de Daech.

Ces réfugiés sont pour la plus grande majorité des victimes, c’est pour cette raison qu’il y a ce refus de voir en certaines victimes des agresseurs, refus de voir que certains réfugiés et ou migrants puissent être des hommes violents, comme si le statut de réfugiés les immunisait.

Ne pas communiquer sur ces violences, c’est oublier que le viol est utilisé comme arme de guerre.

A ce jour, nous ne savons pas si les agressions sexuelles et les viols commis ont été coordonnés ou non. Au regard du manque d’informations, nous ne savons pas s’il s’agit de terrorisme sexuel.

Cette hypothèse me rappelle les viols commis par les milices pro-frères musulmans à l’encontre des manifestantes Place Tahrir en 2012.

Il s’agissait alors d’actes prémédités. On voulait effrayer les femmes et humilier les hommes.

Ces milices avaient exploité le concept de l’honneur à « l’oriental »: l’honneur d’une famille, d’une tribu, d’une nation se logeant entre les cuisses des femmes.

La recrudescence des violences sexuelles perpétrées par les islamistes armés, qu’ils appartiennent à Daech, à des milices organisées, ou à une foule en furie contre les femmes, est le résultat des prêches et fatwas qui incitent à la haine envers les non musulmanes. Certains prédicateurs fondamentalistes incitent non seulement à prendre les armes contre l’Occident mais légitiment le djihad sexuel et les violences sexuelles. Dans ces prêches, les femmes non musulmanes sont considérées comme des mécréantes, des impies, des butins de guerre, réduites à l’état d’esclaves sexuelles.

 

Publié le 22 janvier 2016

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